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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301688

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301688

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 26 avril 2023 et le 31 mai 2023, M. E C, représenté par Me Berradia et Me Kalfon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ; elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il dispose d'attaches familiales en France, à savoir deux enfants ainsi que leur mère, avec qui il vit depuis près de dix ans, qu'il souhaite s'intégrer professionnellement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par le préfet de la Seine-Maritime, enregistrées le 31 mai 2023.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 1er juin 2023, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Berradia, pour M. A C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, tiré de ce que cette décision est illégale par exception de l'illégalité de celle portant obligation de quitter le territoire français.

- les observation de M. A C, qui indique qu'entre le rejet définitif de sa demande d'asile en décembre 2013 et l'année 2020, il n'a pas fait de démarches afin de régulariser sa situation car il attendait que sa compagne acquière la nationalité française ; précise qu'il a bien fait l'objet d'une mesure judiciaire d'éloignement vis-à-vis de Mme B en 2020, qu'il a respectée en quittant le département de la Seine-Saint-Denis avant que sa compagne ne le rejoigne quatre mois plus tard ; affirme que sa compagne a menti lors de l'enquête relative aux faits pour lesquels il a été placé en garde à vue et condamné en avril et mai 2023, quant à des violences qu'il aurait commises à son encontre ; précise qu'il n'a pas encore vu sa compagne ou ses enfants depuis qu'il est incarcéré et qu'il ne parvient pas à communiquer avec eux.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant malien né le 23 octobre 1991, déclare être entré en France en octobre 2010. Le 20 novembre 2012, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé son placement en centre de rétention administrative, au sein duquel l'intéressé a formé, le 26 novembre 2012, une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 décembre 2013. M. A C n'a pas pourvu à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et s'est maintenu sur le territoire. Par un arrêté du 25 février 2020, le préfet de Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre de M. A C une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par le jugement n° 2002566 du 23 juin 2020, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixait la durée de cette mesure à trois ans. La cour administrative d'appel de Versailles, par l'arrêt n° 20VE01668 du 14 décembre 2021, a rejeté les demandes de M. A C tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 25 février 2020. Le 24 avril 2023, l'intéressé a été placé en garde à vue par les services de police de Rouen, dans le cadre d'une enquête de flagrance pour des faits de violences volontaires avec arme par destination, par une personne en état d'ivresse, conduite sous l'empire d'un état alcoolique et défaut de permis de conduire. À cette occasion, il a été constaté que M. A C, qui ne justifiait pas être entré régulièrement en France, s'y était maintenu sans disposer d'un titre de séjour en cours de validité. Pour ce motif, le préfet de la Seine-Maritime, par l'arrêté attaqué du 25 avril 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. A C. Il mentionne également les considérations de fait, propres ce dernier, qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

4. M. A C déclare être en concubinage avec Mme B, ressortissante ivoirienne résidant en situation régulière sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle, avec qui il a eu deux enfants nés le 31 décembre 2013 et le 1er juillet 2018. S'il produit quelques éléments de nature à établir la réalité de cette vie commune jusqu'à l'année 2020, il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une mesure judiciaire d'éloignement motivée par des faits de violences exercée sur la mère de ses enfants en février 2020 et qu'il a été condamné pour des faits similaires, commis antérieurement à la décision attaquée, par un jugement du tribunal correctionnel de Rouen du 26 avril 2023. Dans ce contexte, la seule production d'une facture d'électricité aux noms de M. A C et de Mme B pour un logement à Rouen et d'une attestation de cette dernière, alors même que le requérant a déclaré lors de l'audience publique ne pas avoir reçu de visites de celle-ci et de ses enfants depuis qu'il est incarcéré et ne pas parvenir à communiquer avec eux, ne sont pas de nature à établir la réalité et l'intensité de ces attaches familiales à la date de la décision litigieuse. En dépit de la durée de séjour dont il se prévaut, M. A C, qui s'est maintenu sur le territoire français en méconnaissance de deux précédentes mesures d'éloignement, ne fait état d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière. Par ailleurs, il a lui-même déclaré lors de son audition par les services de police que sa mère et sa fratrie résident au Mali. Dans ces conditions, en ayant obligé M. A C à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. En outre, eu égard à ce qui précède, le préfet n'a pas, en adoptant cette décision, méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur des enfants de M. A C une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

7. Il résulte des points 2 à 4 que M. A C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. A C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A C n'établit pas la réalité et l'intensité de sa vie commune avec Mme B et de sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. S'il soutient que l'interdiction de retour prononcée à son encontre le priverait de la possibilité d'obtenir le bénéfice du regroupement familial, il n'établit ni même n'allègue être marié avec Mme B. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A C, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

A. D

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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