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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301722

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301722

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, M. E C, retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet de l'Indre lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et a ordonné son maintien en rétention administrative.

Il soutient que :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- il est entaché d'une erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 754-1 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Jacques, avocate désignée d'office, représentant M. C, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête, et ajoute que la décision contestée méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- et les observations de M. C, qui rappelle que sa vie est en France, qu'il n'a plus aucune attache dans son pays d'origine et encourt des risques pour sa vie en cas de retour au Mali.

Le préfet de l'Indre n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 19 juillet 1997 à Bamako, déclare être entré en France pour la dernière fois en 2015. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 17 août 2022. Le 21 novembre 2022, le tribunal judiciaire de Châteauroux l'a condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement et à une interdiction de territoire français d'une durée de trois ans pour des faits de soustraction à une obligation de quitter le territoire français en récidive et conduite sans permis sous l'emprise de produits stupéfiants. Par un arrêté du 3 avril 2023, le préfet a fixé le pays de destination de cette interdiction judiciaire du territoire. Par un arrêté du 21 avril 2023, l'intéressé a été placé en rétention à sa levée d'écrou, sa rétention a été prolongée par ordonnance du juge des libertés et de la détention de Rouen le 23 avril 2023. Ayant sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 26 avril 2023 alors qu'il se trouvait en rétention, le préfet de l'Indre a, par l'arrêté attaqué du même jour, a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile de M. C et prononcé son maintien en rétention administrative.

2. En premier lieu, Mme B A, directrice de cabinet du préfet de l'Indre, était compétente, en vertu d'un arrêté régulièrement publié en date du 1er septembre 2022 du préfet de ce département, pour signer la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde pour mettre utilement M. C en mesure d'en discuter la légalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été invité, par un courrier du 29 mars 2023, notifié le jour suivant, à présenter toute observation le concernant préalablement à l'adoption de l'arrêté de renvoi pris en exécution du jugement du tribunal judiciaire de Châteauroux du 21 novembre 2022 prononçant à son encontre une interdiction de territoire de trois ans. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. C disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, la procédure suivie par le préfet de l'Indre avant l'adoption de la décision de maintien en rétention contestée, n'a pas porté atteinte à son droit d'être entendu.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de justice administrative : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. / L'irrecevabilité de la demande d'asile peut être opposée par l'autorité administrative lorsque cette demande a été présentée par un étranger, en provenance d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr en application de l'article L. 531-25, au-delà des cinq premiers jours de rétention dans le seul but de faire échec à l'exécution effective et imminente de la décision d'éloignement. ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. (). ". Aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

7. M. C soutient qu'il serait exposé à des violences en cas de retour au Mali, alors que ses deux parents résident régulièrement en France. Toutefois, l'intéressé, qui a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales entre 2018 et 2022, ne fait état d'aucun élément précis de nature à établir la réalité des menaces qu'il invoque. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a formulé sa demande de réexamen le 26 avril 2023, après avoir présenté une première demande d'asile le 14 avril 2020, rejetée le 17 août 2022 par une décision de l'OFPRA, qu'il n'a au demeurant pas contestée devant la CNDA. Le requérant n'établit ni n'allègue que sa volonté de demander l'asile reposerait sur des éléments nouveaux et n'a d'ailleurs pas invoqué de craintes particulières à retourner dans son pays d'origine lorsqu'il a été invité par le préfet de l'Indre, le 30 mars 2023, à faire part de ses observations préalablement à l'adoption de l'arrêté de renvoi. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. C a refusé d'embarquer sur un vol à destination du Mali le 4 décembre 2019 et de se soumettre aux opérations de relevés d'empreintes digitales et à un test sanitaire en vue de son éloignement le 5 avril 2023. Enfin, la circonstance qu'il aurait déposé sa demande d'asile avant l'expiration du délai de cinq jours courant après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile est sans incidence, dès lors qu'il ne s'agit pas du motif de la décision contestée. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet a, à bon droit, regardé la demande d'asile formée par M. C, le 26 avril 2023 comme présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et a, pour ce motif, décidé son maintien en rétention conformément aux dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En dernier lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de renvoyer le requérant vers son pays d'origine. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 26 avril 2023 du préfet de l'Indre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de l'Indre.

Lu en audience publique le 2 mai 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

H. D

La greffière,

Signé :

M. FLa République mande et ordonne au préfet de l'Indre en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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