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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301785

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301785

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantCASTIONI DIEGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 mai 2023 et le 17 mai 2023, M. A B, représenté par Me Castioni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

M. B soutient que :

* Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur de fait.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux ;

- repose sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 8 août 2023 fixant la clôture de l'instruction au 8 septembre 2023 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Minne, président de chambre, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 1er janvier 1990, est entré en France le 25 février 2015 muni d'un visa de court séjour valable du 10 février au 6 août 2015. Le 31 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile. Par l'arrêté du 5 avril 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

2. Présent depuis huit années à la date de l'arrêté attaqué sur le territoire français, M. B, dont les compétences sont reconnues, y travaille sans discontinuer depuis septembre 2016 en qualité de plombier. Si le requérant, célibataire, n'est pas sans attache en Algérie, il ressort des pièces du dossier qu'il est proche de son frère présent en France, de la famille de ce dernier et a tissé des liens amicaux qui double son insertion professionnelle d'une insertion sociale avérée. S'il est vrai qu'il a travaillé sous couvert d'une identité française usurpée, le témoignage favorable de son employeur permet de caractériser un ancrage significatif en France dans une mesure telle qu'en ayant refusé de lui délivrer un certificat de résidence, le préfet a, dans les circonstances de l'espèce, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard à l'objet et aux effets de ces décisions.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

4. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que l'autorité administrative compétente délivre à M. B un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit utile d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à M. B un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2301785

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