vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301848 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | CASTOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. D C, représenté par Me Castor, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté de placement en rétention ainsi que l'arrêté du 7 mai 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
M. C soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o est entachée d'un vice d'incompétence ;
o est insuffisamment motivée ;
o méconnaît le droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
o méconnaît l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
o est entachée d'un vice d'incompétence ;
o est insuffisamment motivée ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination :
o est entachée d'un vice d'incompétence ;
o est insuffisamment motivée ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
o méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français :
o est entachée d'un vice d'incompétence ;
o est insuffisamment motivée ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Le préfet du Pas-de-Calais a produit des mémoires en production de pièces, enregistrés les 10 mai 2023 et 12 mai 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 12 mai 2023, qui s'est tenue à huis clos en application de l'article L. 731-1 du code de justice administrative, présenté son rapport et entendu les observations orales :
- de Me Castor , représentant M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, demande en outre d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer à M. C sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation et retire ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de placement en rétention ;
- de M. C, assisté de M. A interprète en langue vietnamienne par téléphone.
Le préfet du Pas-de-Calais n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant vietnamien né le 16 avril 1993, a fait l'objet par l'arrêté attaqué du 7 mai 2023 du préfet du Pas-de-Calais d'une obligation de quitter le territoire sans délai, d'une décision fixant de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 7 mai 2023, l'intéressé a été placé en rétention au centre de rétention administrative de Oissel.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes du I de l'article 225-4-1 du code pénal : " La traite des êtres humains est le fait de recruter une personne, de la transporter, de la transférer, de l'héberger ou de l'accueillir à des fins d'exploitation dans l'une des circonstances suivantes : / 1° Soit avec l'emploi de menace, de contrainte, de violence ou de manœuvre dolosive visant la victime, sa famille ou une personne en relation habituelle avec la victime ; / 2° Soit par un ascendant légitime, naturel ou adoptif de cette personne ou par une personne qui a autorité sur elle ou abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions ; / 3° Soit par abus d'une situation de vulnérabilité due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, apparente ou connue de son auteur ; / 4° Soit en échange ou par l'octroi d'une rémunération ou de tout autre avantage ou d'une promesse de rémunération ou d'avantage. / L'exploitation mentionnée au premier alinéa du présent I est le fait de mettre la victime à sa disposition ou à la disposition d'un tiers, même non identifié, afin soit de permettre la commission contre la victime des infractions de proxénétisme, d'agression ou d'atteintes sexuelles, de réduction en esclavage, de soumission à du travail ou à des services forcés, de réduction en servitude, de prélèvement de l'un de ses organes, d'exploitation de la mendicité, de conditions de travail ou d'hébergement contraires à sa dignité, soit de contraindre la victime à commettre tout crime ou délit. / La traite des êtres humains est punie de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 € d'amende ".
3. En vertu de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection () ". L'article R. 425-2 de ce même code prévoit que : " L'étranger à qui un service de police ou de gendarmerie fournit les informations mentionnées à l'article R. 425-1 et qui choisit de bénéficier du délai de réflexion de trente jours prévu au même article se voit délivrer un récépissé de même durée par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police, conformément aux dispositions de l'article R. 425-3. Ce délai court à compter de la remise du récépissé. Pendant le délai de réflexion, aucune décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre de l'étranger en application de l'article L. 611-1, ni exécutée () ".
4. Les dispositions précitées de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions et notamment du droit de bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours dans les conditions prévues à l'article R. 425-2 de ce même code. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune décision d'éloignement ne peut être prise, ni exécutée.
5. Il ressort des pièces du dossier que, le 6 mai 2023, M. C a été découvert par la brigade mobile de recherche de Coquelles dans l'habitacle arrière d'un véhicule en présence de 12 autres personnes. Lors de son audition le 7 mai 2023 par les services de police, il indique avoir quitté son pays natal pour se rendre au Royaume-Uni, être arrivé en France depuis plusieurs mois et que son passeport lui a été retiré par des passeurs à sa descente d'avion. Eu égard aux conditions dans lesquelles M. C a été découvert, à ses déclarations, et aux éléments connus et documentés relatifs aux réseaux de traite de ressortissants vietnamiens dans la région des Hauts-de-France, qu'un service de police en mission de sécurisation du littoral afin de prévenir les traversées maritimes clandestines à destination de la Grande-Bretagne ne peut ignorer, il appartenait audit service d'informer M. C de ses droits en application des dispositions précitées de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence d'une telle information, le requérant est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne pouvait être prise, ni exécutée. Ce vice de procédure l'a privé d'une garantie et a eu une influence sur le sens de la décision litigieuse. Il s'ensuit que la mesure d'éloignement attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête. Les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent, par voie de conséquence, être également annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de remettre à M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur sa situation. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 mai 2023, par lequel le préfet du Pas-de-Calais a obligé M. C à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Pas-de-Calais.
Lu en audience publique le 12 mai 2023.
La magistrate désignée,La greffière,
Signé : Signé :
L. BP.HIS
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026