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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301890

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301890

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2023, M. C, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en application des dispositions des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de d'une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

S'agissant de sa demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire le temps nécessaire à l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

- l'exécution de la mesure d'éloignement le privera de la possibilité de répondre personnellement aux questions qui pourraient lui être posées par la CNDA.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- la décision du 31 mai 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par le préfet de la Seine-Maritime, enregistrées le 26 mai 2023.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 29 avril 2021 relatif aux caractéristiques et exigences techniques du procédé électronique mentionné à l'article R. 531-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'y étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né le 28 novembre 1990, déclare être entré irrégulièrement en France le 19 novembre 2022, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale, enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en procédure accélérée, a été rejetée par une décision du 23 février 2023. Considérant que le droit au maintien sur le territoire de M. A avait pris fin, le préfet de la Seine-Maritime l'a, par un arrêté du 26 avril 2023, obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que, subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mai 2023. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée, notamment, sur la circonstance que, à la date de son édiction, le droit au maintien sur le territoire que M. A tirait de sa qualité de demandeur d'asile, en vertu des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avait pris fin à l'expiration du délai de recours d'un mois ouvert, en vertu de l'article L. 532-1 du même code, contre la décision de l'OFPRA du 23 février 2023, notifiée le 24 février 2023, en l'absence de recours introduit contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. A, dont le recours devant la CNDA a été enregistré le 27 avril 2023, soutient que la décision de l'OFPRA ne lui a pas été notifiée le 24 février 2023 mais à une date ultérieure. Or, il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 531-22, R. 531-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté, que la décision par laquelle le directeur général de l'OFPRA statue sur la demande d'asile d'un demandeur est notifiée à celui-ci par un procédé électronique, dénommé " espace personnel numérique sécurisé " en vertu de l'article 1er de l'arrêté du 29 avril 2021 pris pour l'application de ces dispositions, sauf notamment lorsque le demandeur établit ne pas être en mesure d'accéder à ce procédé ou que des motifs liés à sa situation personnelle ou à sa vulnérabilité justifient qu'il n'y soit pas recouru. Il résulte également de ces dispositions que la décision est réputée notifiée à la date de sa première consultation par l'intermédiaire de ce procédé électronique ou, à défaut de consultation, à l'issue d'un délai de quinze jours à compter de sa mise à disposition. Il résulte en outre des dispositions de l'article R. 531-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la date de notification de la décision de l'OFPRA qui figure dans le système d'information de l'office fait foi jusqu'à preuve du contraire. En l'espèce, d'une part, M. A, qui s'est vu remettre le 28 novembre 2022 des identifiants pour accéder à son " espace personnel numérique sécurisé " ainsi qu'une notice traduite dans une langue qu'il a déclaré comprendre, ne fait état d'aucun élément qui eût été susceptible de conduire l'OFPRA à ne pas recourir à ce procédé afin de lui notifier la décision le concernant. D'autre part, il ressort de l'extrait du système d'information de l'OFPRA produit par le préfet en défense que la décision du 23 février 2023 a été notifiée le 24 février 2023. Par conséquent, à supposer même que cette date ne soit que celle de la mise à disposition et non de la première consultation de la décision, le délai de recours ouvert contre celle-ci avait en toute hypothèse expiré à la date d'introduction du recours de M. A devant la CNDA, le 27 avril 2023. Par suite, le moyen tiré de que le préfet de la Seine-Maritime aurait fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts doit être écarté.

5. D'autre part, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a également fondé sa décision sur la circonstance, non contestée, que la demande d'asile de M. A avait été rejetée à l'issue d'une procédure accélérée déterminée sur le fondement de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si bien que son droit au maintien sur le territoire avait pris fin dès le prononcé de la décision de l'OFPRA, en vertu du d) du 1° de l'article L. 542-2 du même code. Par conséquent, le préfet de la Seine-Maritime aurait, en tout état de cause, pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif.

Sur le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

8. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () " Aux termes de l'article L. 752-5 de ce code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. "

9. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

10. M. A se borne à soutenir que l'exécution de la mesure d'éloignement le priverait de la possibilité de comparaître personnellement devant la CNDA, sans faire état d'aucun élément, relatif aux risques de persécutions qu'il allègue ou à d'autre motifs retenus par l'OFPRA, dont il ne produit d'ailleurs pas la décision, alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été examinée par l'office en procédure accélérée, au motif qu'il est ressortissant d'un pays d'origine sûr. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander que soit prononcée la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet de la Seine-Maritime le 26 avril 2023.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante à la présente instance, les conclusions de M. A relatives à l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

A. B

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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