mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête n° 2301895 enregistrée le 12 mai 2023, M. A C, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Berradia au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
La décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision lui interdisant tout retour en France pour une durée de six mois :
- est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II/ Par une requête enregistrée le 12 mai 2023 sous le n° 2301896, M. A C, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Berradia au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;
- cette décision est contraire aux stipulations de l'article 3 la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- en l'absence de tout risque de fuite, cet acte est dépourvu de tout fondement objectif.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Berradia, représentant M. C, qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans les requêtes ;
- les observations de M. C.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C est un ressortissant algérien né le 18 février 1989 qui serait entré en France en février 2017. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 12 janvier 2019, décision de la préfète d'Indre-et-Loire qui lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans. Son recours devant le tribunal administratif de Rennes a été rejeté le 18 janvier 2019, de même que sa requête tendant à l'annulation de son placement en rétention daté du 17 janvier 2019, rejetée par la même juridiction le 5 février 2019. Le 17 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre deux arrêtés l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, lui interdisant tout retour en France pour une durée de trois années, d'une part, et l'assignant à résidence pour une durée de six mois, d'autre part. Le 1er juillet 2022, un arrêté prolongeant pour deux années son interdiction de retour a été prononcé par le même préfet, ainsi qu'un arrêté l'assignant à résidence pour quarante-cinq jours. Par l'arrêté attaqué du 10 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a obligé le requérant à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant six mois. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 10 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Le requérant soutient que l'acte attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de ces stipulations dans la mesure où il vit en couple avec une ressortissante française et qu'ils attendent la naissance d'un enfant. Néanmoins, à supposer établis la réalité et le sérieux de la vie commune avec une ressortissante française, M. C a développé sa vie privée et familiale en France en dépit de la circonstance qu'il se trouvait en situation irrégulière, avait fait l'objet de mesures d'éloignement et d'interdiction de retour en France non respectées, et ne pouvait par conséquent ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement, alors en outre qu'il n'avait effectué aucune démarche aux fins de régulariser sa situation administrative. Le fait qu'un enfant devrait naître dans les mois à venir est, par conséquent, sans effet sur la légalité de l'acte attaqué. La durée de son séjour en France, à supposer exacte la date de son entrée sur le territoire français en 2017, n'est due qu'au défaut d'exécution des mesures d'éloignement successives et d'interdiction de retour dont il a fait l'objet. La présence alléguée de membres de sa famille en France n'est établie par aucune pièce produite au dossier, alors qu'il indique lui-même que sa mère réside en Algérie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
5. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Si le requérant se prévaut de ces stipulations, ces dernières ne peuvent, en tout état de cause, être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naître. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté. Quant au moyen relatif à l'article 6 de l'accord franco-algérien, il n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé alors, en tout état de cause, que la réalité de la situation familiale de M. C en France n'est pas établie par les pièces des dossiers.
S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'acte attaqué.
7. En second lieu, eu égard à ce qui précède, relativement à la situation personnelle et administrative du requérant en France, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent, pour les mêmes motifs, qu'être écartés.
S'agissant de l'interdiction de retour en France pour une durée de six mois :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. L'acte attaqué retient une durée particulièrement réduite d'interdiction de retour en France, eu égard aux précédentes mesures de ce type prises à son encontre, prenant en considération la naissance future d'un enfant dont le requérant se présente comme le père, alors même qu'il ne peut être préjugé de la réalité du lien à venir entre eux, et a fortiori de la contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant par le requérant. Il convient par ailleurs de souligner que ce dernier, défavorablement connu des forces de l'ordre, n'a exécuté aucune des mesures d'éloignement prises à son encontre, ce qui explique la durée du séjour en France, et n'a pas respecté les conditions de ses précédentes assignations à résidence. Par suite, l'acte attaqué, qui n'est entaché d'aucune erreur d'appréciation, ne méconnait ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter sans délai le territoire français pour demander l'annulation de l'acte attaqué.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 10 mai 2023 portant assignation à résidence :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de retour en France pour demander l'annulation de l'acte attaqué. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de sa relation avec la ressortissante française actuellement enceinte doivent, en tout état de cause, être écartés.
12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
13. En second lieu, M. C soutient qu'il a informé la police de son adresse et de sa vie commune avec une ressortissante française qui attend un enfant dont il est le père et que, par conséquent, rien ne justifie une assignation à résidence. Néanmoins, alors que l'acte attaqué est adopté en vue d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français sans délai dont il fait légalement l'objet, ces seules circonstances, analysées ci-dessus, sont sans incidence sur la légalité dudit acte. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation des arrêtés attaqués du 10 mai 2023, et que ses requêtes doivent par conséquent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2301895 et 2301896 de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le magistrat désigné,
C. B
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2301895, 2301896
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026