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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301915

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301915

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantGARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, M. B C, actuellement en rétention, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a maintenu en rétention administrative le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer dans le délai de quinze jours l'attestation mentionnée aux articles L. 521-7 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour et une attestation de demande d'asile jusqu'à la décision de la CNDA ;

3°) de lui accorder les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

4°) d'enjoindre à l'administration de le maintenir sur le territoire français le temps nécessaire à l'OFPRA de statue sur sa demande d'asile ;

5°) d'enjoindre à l'administration de faire procéder à l'enregistrement par l'OFPRA de sa demande d'asile en procédure normale ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté méconnait le droit d'être entendu et d'être assisté d'un conseil tels qu'édictés par les articles 41.2, 47 et 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- son maintien en rétention est illégal au regard des stipulations de l'article 8.3 d) de la directive 2013/33 ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, et d'une erreur de fait dès lors que sa demande d'asile n'est pas dilatoire ;

- l'acte contesté porte atteinte à son droit de voir sa demande d'asile examinée en procédure normale et à son droit à un recours effectif ;

- les dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à son droit à l'information ont été méconnues.

Par un mémoire enregistré le 17 mai 2023, la préfète du Loiret, représentée par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Garcia, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est un ressortissant marocain né le 22 juin 1995, entré en France accompagné de ses parents en 2005. Condamné le 16 septembre 2020 par la chambre des appels correctionnels de cour d'appel de Paris à quinze mois d'emprisonnement, il a été incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran où il s'est vu notifier, le 21 avril 2023, une obligation de quitter sans délai le territoire français ainsi qu'une interdiction de retour en France d'une durée de deux années prises à son encontre par la préfète du Loiret. Le 3 mai 2023, il a été placé en rétention par un arrêté de la même préfète et a manifesté la volonté de solliciter l'asile le 11 mai suivant. Par le présent recours, il demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 mai 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a maintenu en rétention administrative le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Benoit Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret, qui dispose à cette fin d'une délégation prévue par l'arrêté préfectoral du 27 juillet 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté. Par ailleurs, la décision en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant, entré en France en 2005 pour la première, puis après un séjour en Italie, de nouveau en 2018, n'a apporté aucun élément probant relatif à des menaces graves en cas de retour au Maroc, n'a présenté sa demande d'asile qu'après son placement en rétention administrative, et que cette demande doit être regardée comme n'ayant été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement. La décision attaquée satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, M. C soutient que l'acte attaqué méconnaitrait le droit d'être entendu et le droit d'être assisté d'un conseil tels qu'édictés par les articles 41.2, 47 et 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Néanmoins, alors même que le requérant ne fait valoir dans la requête aucun élément dont il aurait pu se prévaloir préalablement à la prise de décision contestée et qui aurait été susceptible d'affecter le sens de ladite décision, en particulier relativement aux conséquences de son éventuel retour dans son pays d'origine, il ressort du procès-verbal d'audition du 16 février 2023 consigné par les services de police, dont il ne remet nullement en cause le contenu, qu'il a répondu " Non " à la question " Craignez-vous pour votre vie en cas de retour au Maroc et si oui pour quelles raisons ' ", et, à la question " Souhaitez-vous repartir au Maroc et si non pour quelles raisons ' " a indiqué " Non j'ai grandi en France, j'ai ma mère ici, j'ai ma vie ici ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté. Quant au moyen tiré de la méconnaissance des articles 47 et 48 de la même charte, le requérant ne peut utilement s'en prévaloir eu égard à la procédure et à l'acte concernés.

4. En troisième lieu, le requérant soutient que la préfète du Loiret ne s'est fondée sur aucun critère objectif légal au sens de l'article 8 paragraphe 3d) de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 pour prononcer son maintien en rétention le 11 mai 2023. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une quelconque demande d'asile alors qu'il est entré sur le territoire français en 2005, et n'a présenté une telle demande qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement, au demeurant postérieurement au délai de cinq jours prévu à l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, ainsi qu'il est mentionné au point précédent, M. C n'a jamais fait état de craintes pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour au Maroc, et n'a nullement documenté, dans le cadre de la présente instance, les raisons pour lesquelles il demandait l'asile. Dès lors, ces faits objectifs sont de nature à établir que la demande d'asile présentée au centre de rétention administrative l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet au sens de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté, de même que le moyen tiré de l'absence de mention dudit article dans les visas de l'arrêté attaqué, celle-ci étant sans incidence sur sa légalité.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception des cas mentionnés aux b et c du 2° de l'article L. 542-2, la décision d'éloignement ne peut être mise à exécution avant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ait rendu sa décision ou, en cas de saisine du président du tribunal administratif, avant que ce dernier ou le magistrat désigné à cette fin ait statué. ". Son article L. 754-6 précise : " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531-24 ". Il résulte de ces dispositions que la demande d'asile présentée en rétention est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code et que son dépôt fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement touchant le demandeur jusqu'à l'intervention de la décision de l'OFPRA ou, au plus tard, de l'intervention de la décision du juge administratif rendu sur la décision de maintien en rétention. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) à l'encontre de la décision de l'OFPRA lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif et d'un prétendu droit à voir une demande d'asile examinée en procédure normale doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ". Aux termes de l'article 12 de la directive n°2013/32/UE : " Les Etats membres veillent à ce que tous les demandeurs d'asile bénéficient des garanties suivantes : a) ils sont informés, dans une langue qu'ils comprennent ou dont il est raisonnable de supposer qu'ils la comprennent, de la procédure à suivre et de leurs droits et obligations au cours de la procédure ainsi que des conséquences que pourrait avoir le non-respect de leurs obligations ou le refus de coopérer avec les autorités ". Il ressort des termes de l'arrêté de placement en rétention daté du 3 mai 2023 que M. C s'est vu notifier, ce même 3 mai 2023 à 11h20, l'intégralité de ses droits et notamment en matière d'asile. Dès lors le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions mentionnées ci-dessus ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués par M. C ne peut être accueilli et que, par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Loiret.

Lu en audience publique le 17 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. A

La greffière,

Signé :

M. D

La République mande et ordonne à la préfete du Loiret en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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