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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301926

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301926

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, sous le n° 2301897, et un mémoire enregistré le 26 mai 2023, M. C A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de séjour d'un an dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 50 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 542-1 et L.542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 431-2 du même code ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait le droit d'être entendu ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 542-1 et L.542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

-la décision fixant le pays de destination méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 721-4 du même code, le préfet s'étant cru en compétence liée au regard de la décision de l'OFPRA ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 2 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 14 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II- Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, sous le n° 2301926, et un mémoire enregistré le 26 mai 2023, Mme B D A, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de séjour d'un an dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 50 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 542-1 et L.542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

-la décision fixant le pays de destination méconnait le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 721-4 du même code, le préfet s'étant cru en compétence liée au regard de la décision de l'OFPRA ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 2 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 14 juin 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de Mme Boyer,

- et les observations de Me Inquimbert, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M.et Mme A, ressortissants nigérians, sont entrés en France le 10 octobre 2019 avec leur fils né le 28 juillet 2017 munis d'un visa cout séjour aux fins d'y demander l'asile alors que Mme A était sur le point d'accoucher de leur fille née le 13 octobre suivant. Leurs demandes d'asiles ont été définitivement rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 20 janvier 2023. M et Mme A ont demandé le réexamen de leurs demandes d'asile que l'OFPRA a rejetées pour irrecevabilité le 28 février 2023. M. A a présenté le 31 janvier 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 18 avril 2023, dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a pris à l'égard de Mme A une obligation de quitter dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de M. et Mme A qui présentent à juger une même situation ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 12 juin 2023. Ainsi, les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire qu'ils présentent sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée énonce les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les articles L. 542-1 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient les règles applicables au droit de se maintenir sur le territoire pour les demandeurs d'asile ne font pas obstacle à ce que le préfet se prononce sur une demande de titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces articles est inopérant pour contester la légalité d'un refus de titre de séjour, il doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ". Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. ".

7. D'une part, M. A a signé le 14 novembre 2019, une note d'information relative aux possibilités de solliciter un titre de séjour concomitamment à une demande d'asile. Il est constant qu'il a déposé sa demande de titre de séjour le 31 janvier 2023. C'est par suite sans erreur de droit que le préfet a considéré que sa demande de titre de séjour était irrecevable. Au demeurant, il est constant au vu de la décision contestée que le préfet de la Seine-Maritime saisi d'une demande " travail " a examiné la demande sur le fondement des dispositions des articles L.435-1 et L.435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont M. A eu égard à sa situation pouvait se prévaloir.

8. D'autre part, M. A est entré en France avec son épouse, son fils et un enfant à naître le 10 octobre 2019 muni d'un visa touristique. Le couple se maintient sur le territoire à la faveur des demandes d'asile et de réexamen qui ont été rejetées pour irrecevabilité le 28 février 2023. Les seules circonstances que le fils aîné des requérants est scolarisé en grande section de maternelle et que M. A a travaillé de juillet à novembre 2020 puis travaille depuis février 2021 comme valet de chambre chez Jade and co devenu GNJS, ne sont pas de nature compte tenu du caractère récent de l'entrée en France de la famille A, des conditions dans lesquelles elle s'y maintient et de l'absence de justificatif relatif à son insertion sociale, à démontrer l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant d'une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle qu'elle a été exposé au point 8 et de celle de son épouse également en situation irrégulière et dénuée d'insertion sociale ou professionnelle, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. La décision portant refus de séjour n'aura pas pour effet de séparer le requérant de ses enfants. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et malgré l'allégation de risque encouru en cas de retour au Nigéria, que le requérant ne pourrait pas reconstituer avec ses enfants et son épouse, compatriote, la cellule familiale dans son pays d'origine ni que les enfants ne pourront y poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

13. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français énoncent les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour les édicter. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

16. En deuxième lieu, les requérants ont pu faire valoir leurs observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de leur demande d'asile et M. A qui ne pouvait ignorer les conséquences d'un éventuel refus à sa demande de titre a pu faire également valoir sa situation lors de cette demande. Le droit des intéressés à être préalablement entendus ainsi satisfait n'imposait par conséquent pas à l'administration de les mettre à même de réitérer leurs observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'intervention des décisions contestées, prises en application du rejet de la demande d'asile et du refus de titre. Dès lors, faute de justifier d'un élément qui aurait été de nature à influencer le sens des décisions contestées, et qu'ils n'auraient pas été en mesure de faire valoir en temps utile, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les actes contestés ont été édictés en méconnaissance de leur droit à être préalablement entendus. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". L'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ". Aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

19. Il ressort des pièces versées aux dossiers par le préfet que les décisions du 30 janvier 2023 par lesquelles la CNDA a rejeté les demandes d'asile des intéressés ont été régulièrement notifiées, ainsi qu'en atteste la capture d'écran de l'application " Telemofpra ", le 8 février 2023 et que leurs demandes de réexamen ont été rejetées par décisions de l'OFPRA pour irrecevabilité le 28 février 2023, notifiées le 17 mars 2023. Ainsi, à la date des décisions litigieuses, M. et Mme A ne pouvaient plus se prévaloir d'un droit à se maintenir sur le territoire français sur le fondement des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même que leurs recours dirigés contre la décision d'irrecevabilité de l'OFPRA seraient pendant devant la CNDA. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 542-1 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent, par suite, être écartés.

20. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs qui ont été exposés aux points 8 à 10.

21. En dernier lieu, eu égard à la situation de la famille en France, au jeune âge des enfants et à défaut de justifier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Nigéria ou que les enfants ne pourraient y être scolarisés, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire proses à leur encontre.

Sur la décision fixant le pays de destination :

23. En premier lieu, pour les motifs développés au point 16, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doivent être écartés.

24. En deuxième lieu, les décisions fixant le pays de destination énoncent les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour les édicter. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

25. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 22, M. et Mme A ne peuvent exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à leur encontre pour demander l'annulation des décisions fixant le pays de renvoi.

26. En quatrième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

27. D'une part, il ne ressort pas des décisions contestées que le préfet se serait cru en compétence liée pour déterminer le pays à destination duquel les décisions d'éloignement des époux A seront exécutées.

28. D'autre part, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les époux A dont les demandes d'asile ont été rejetées ne pourraient pas retourner dans leur pays d'origine sans encourir de risque. Si les requérants invoquent des difficultés familiales relatives à leurs convictions religieuses respectives, qu'au demeurant ils n'établissent pas, il est constant que Mme A n'a fait part à la CNDA que d'une précédente union forcée dont elle s'est déliée en accord avec son ex-époux et que les craintes de M. A à l'égard du père de Mme A n'ont pas été retenue comme étant plausibles. Par suite, et dès lors que les requérants n'apportent aucun élément nouveau concernant ces craintes, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doivent être écartés.

29. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur d'appréciation en fixant le Nigéria, comme pays de renvoi.

30. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 18 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'ils présentent et celles relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes de M. et Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.et Mme A, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La présidente- rapporteure,

Signé

C. BOYER

L'assesseur le plus ancien,

Signé

S. GUIRAL

Le greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2301897 - 2301926

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