mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. A B, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au profit de son avocate en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2023 et le 22 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 19 avril 2023 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 8 septembre 2023.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Yousfi, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 3 avril 1999, est entré en France le 10 mars 2018, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la même mention valable du 11 août 2019 au 20 octobre 2020, puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 11 octobre 2020 au 10 octobre 2022. Le 7 octobre 2022, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par l'arrêté attaqué du 25 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 22-072 du 28 décembre 2022, publié le lendemain au recueil spécial n° 76-2022-205 des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, le préfet de ce département a donné délégation à M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de ces décisions doivent être écartés.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions des articles L. 422-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est ainsi subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été inscrit à l'INSA de Rouen, au titre de l'année 2018-2019, en première année de " section internationale bilingue " du département " sciences et techniques pour l'ingénieur ", avant de poursuivre, au titre de l'année universitaire 2019-2020, une première année de licence " physique, mécanique, physique-chimie " à l'université de Rouen Normandie, qu'il a validée à l'issue de la seconde session d'examens. Il a été inscrit, au titre de l'année 2020-2021, en deuxième année de cette même licence, qu'il n'a pas validée, ayant été déclaré défaillant au titre de la première session et ajourné au titre de la seconde avec une moyenne générale de 4,586/20. Ayant redoublé cette deuxième année de licence en 2021-2022, le requérant a à nouveau été ajourné avec une moyenne de 6,216/20 au titre de la première session et de 8,053/20 au titre de la seconde. Au titre de l'année universitaire 2022-2023, M. B était à nouveau inscrit en deuxième année de cette même licence. S'il allègue que ses échecs sont dus au contexte induit par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, d'une part, il n'apporte aucun élément suffisamment précis et circonstancié de nature à établir la réalité de ses allégations et se borne à cet égard à se prévaloir d'éléments généraux et impersonnels et, d'autre part, cette seule circonstance ne saurait être de nature à justifier l'absence significative de progression dans ses études à une période où les effets de la crise sanitaire sur l'activité des établissements d'enseignement supérieur ont considérablement diminué. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime a considéré que M. B ne justifiait pas du sérieux de ses études et a refusé, pour ce motif, de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.
6. En deuxième lieu, si M. B se prévaut de la poursuite de ses études, dont il a été dit au point précédent que son caractère sérieux n'était pas établi, cette seule circonstance, qui ne lui donnait pas vocation à demeurer durablement sur le territoire, n'est pas de nature à justifier de ce qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels. S'il fait état, par la production d'attestations de ses camarades et de leurs parents, d'une certaine insertion sociale, il ne conteste pas ne disposer d'aucune attache familiale en France et n'en n'être pas dépourvu dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
7. En dernier lieu, en se bornant à renvoyer à ses précédents moyens et arguments, sans indiquer en quoi l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, M. B n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, le requérant ne pouvait ignorer, en déposant une demande de titre de séjour, qu'il était susceptible, en cas de rejet de celle-ci, de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, assortie d'une décision fixant le pays de destination. Il lui appartenait, dans le cadre de l'instruction de sa demande, de faire état de tout élément qu'il jugeait pertinent de porter à la connaissance de l'autorité administrative. En tout état de cause, si M. B allègue qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet de la Seine-Maritime, en l'espèce, des éléments relatifs à son état de santé et à des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit ces allégations, particulièrement imprécises, d'aucun élément probant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et, plus particulièrement, du droit d'être entendu, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré du défaut d'examen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur le pays de destination :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et plus particulièrement du droit d'être entendu, doit être écarté.
13. En troisième lieu, si M. B soutient que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il se borne au soutien de ce moyen à alléguer d'insuffisances relatives à son droit d'être entendu dans le cadre de l'instruction de sa demande, si bien que ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, à supposer même que le requérant ait entendu faire valoir qu'il serait exposé à un risque pour sa vie ou sa liberté ou à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, il se borne à cet égard à faire état de sa nationalité, sans apporter aucun élément de nature à établir, ou à tout le moins à faire présumer, l'existence de tels risques.
14. En dernier lieu, le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Djehanne Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026