mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
M. A soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;
- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- a été prise en violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes ;
La décision portant fixation du pays de sa destination :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielleux en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;
- les observations de Me Audra-Moisson, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle précise que M. A a quitté son pays d'origine en 2014, que l'un des frères de l'intéressé serait décédé en 2019 et qu'un autre de ses frères l'hébergerait en France ; elle indique également que M. A n'aurait plus qu'une sœur en Guinée, son enfant mineur né en 2013 étant décédé en 2019 des suites d'une intervention chirurgicale au nombril ; elle soutient que le requérant contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur de nationalité française né le 11 octobre 2019, qu'il a exercé le droit de visite en point de rencontre qui lui a été attribué par le juge aux affaires familiales entre 2019 et 2020, avant de reprendre une vie commune avec la mère de son enfant, dont il s'est finalement séparé en raison de violences réciproques ; elle précise que M. A voit toujours son enfant par le biais de " visios " ; elle soutient également que le requérant souffre de tuberculose, d'hépatite et d'emphysème, qu'il suit régulièrement des soins au centre hospitalier de La Roche-sur-Yon, qu'il a été opéré au mois de décembre 2022 au centre hospitalier de Bordeaux en raison de la pathologie pulmonaire dont il est atteint et qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine ;
- et les observations de M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal ;
- le préfet de la Vendée n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1994 à Kaloum, serait entré en France le 25 mars 2017 selon ses déclarations et a, le 4 mai 2017, sollicité auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique la reconnaissance du statut de réfugié. Par une décision du 31 octobre 2017, confirmée par une décision du 10 décembre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile formée par l'intéressé. Le 4 mars 2019, M. A a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 mai 2019, décision confirmée le 28 juin 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 21 août 2019, le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Par un jugement n° 1909983 du 24 janvier 2020, confirmé par une ordonnance n° 20NT00700 du 9 mars 2020 du président de la cour administrative d'appel de Nantes, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nantes a rejeté le recours formé par M. A à l'encontre de l'arrêté du 21 août 2019. Le 5 mars 2021, M. A a été interpelé en état d'ébriété et placé en cellule de dégrisement au commissariat de La Roche-sur-Yon et a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 6 mars 2021, le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français. Le 10 avril 2022, M. A a été interpelé par les services de gendarmerie alors qu'il était en état d'ébriété sur la voie publique. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet de la Dordogne a pris une mesure d'éloignement à son encontre et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement du 11 avril 2022 du tribunal correctionnel de Périgueux, M. A a été condamné à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol, escroquerie, violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours (récidive) avec interdiction d'entrer en relation avec la victime pendant trois ans et interdiction de paraître sur les lieux en Dordogne pendant trois ans. Le 24 mai 2023, M. A a été interpelé par les forces de l'ordre à La Roche-sur-Yon à l'occasion d'un contrôle routier pour une infraction pour non-respect du port de la ceinture de sécurité et en état d'ivresse. Par un arrêté du 25 mai 2023, le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ". Aux termes de l'article R. 611-2 du code précité : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Toutefois, lorsque l'étranger est placé ou maintenu en rétention administrative, le certificat prévu au 1° est établi par un médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 744-14. ".
3. Il est constant que la décision attaquée est intervenue sans saisine préalable, pour avis, du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, même en l'absence de demande de titre de séjour, le préfet qui dispose d'éléments suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger est susceptible de bénéficier des dispositions citées au point précédent, doit saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'intervention d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
4. En l'espèce, il ressort des termes du jugement n° 1909883 mentionné au premier point du présent jugement, dont avait connaissance le préfet de la Vendée à la date de la décision contestée, que M. A avait déjà évoqué la pathologie pulmonaire dont il est atteint. En outre, il ressort des pièces du dossier, et ainsi que le relève le préfet dans son mémoire en défense, que lors de son audition par les services de police le 25 mai 2023, de 10h45 à 11h15, M. A a expressément indiqué vouloir rester en France pour se faire soigner, avoir " des problèmes de poumon " et avoir été hospitalisé pendant un mois à Bordeaux, du 1er décembre 2022 au 3 janvier 2023. Ces déclarations circonstanciées sont en tout état de cause confirmées par les deux documents médicaux produits par le requérant à l'appui de ses écritures, soit, d'une part, un document daté du 22 mars 2023 prévoyant un rendez-vous en consultation externe de pneumologie pour le 4 octobre 2023 pour une radiographie pulmonaire, une épreuve fonctionnelle respiratoire et une consultation avec une pneumologue, et, d'autre part, un certificat médical établi le 29 mai 2023 attestant de ce qu'il est atteint de tuberculose et d'un emphysème congénital extensif. Dans ces conditions, le préfet, auquel il n'appartenait pas de porter une appréciation sur la gravité de la pathologie évoquée par M. A, doit être regardé comme disposant d'éléments suffisamment précis et circonstanciés établissant que ce dernier était susceptible de bénéficier des dispositions citées au point 2 du présent jugement. Il suit de là que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne pouvait légalement intervenir sans saisine préalable, pour avis, d'un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après invitation à transmettre le certificat médical mentionné au 1° de l'article R. 611-2 précité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est intervenue en l'absence d'une telle saisine préalable doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mai 2023 par laquelle le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français. Les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent, par voie de conséquence, être également annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet de la Vendée ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Un délai de quinze jours est imparti au préfet de la Vendée ou à tout préfet territorialement compétent à cette fin, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Par ailleurs, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient également au préfet de la Vendée ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de la Vendée a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vendée.
Lu en audience publique le 31 mai 2023.
La magistrate désignée,
Signé :
D. Thielleux
La greffière,
Signé :
P. His
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026