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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302089

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302089

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2023, M. B D C, représenté par Me Boyle, demande :

1°) de prononcer, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision contenue dans un arrêté du 6 mars 2023 par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de renouveler sa carte de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de le munir d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au jugement au fond, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

* la condition tenant à l'urgence à statuer est remplie dès lors que :

- le refus de renouveler un titre de séjour est un cas d'urgence présumée ;

- la circonstance que la décision est attaquée dans les derniers jours du délai de recours contentieux est sans incidence sur l'appréciation de ce caractère d'urgence ;

- le refus de séjour porte atteinte à la pérennité de son contrat de travail à durée indéterminée et à son inscription à Pôle Emploi.

* la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de séjour attaquée est remplie dès lors que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas justifiée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le rapport d'analyse de son certificat de naissance rédigé par les services de la police aux frontières n'est pas produit ;

- aucun justificatif de l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est produit, faisant obstacle à la vérification de la régularité de la consultation et, en particulier, de la présence du médecin rapporteur au sein du groupe de médecin ;

- le choix du délai de départ n'est pas motivé ;

- le traitement composé du Stribild et de l'Uvédose n'est pas disponible au Libéria ;

- le traitement par administration de Dolutégravir et Lamivudine vers lequel il a évolué plus récemment en mars 2023 n'est davantage disponible au Libéria ou alors ne serait pas accessible pour des raisons financières ;

- ayant suivi une formation dispensée par Pôle Emploi pendant la durée de validité de son premier titre de séjour pour maladie, ayant occupé un emploi d'agent d'entretien en contrat à durée déterminée et, plus récemment, un emploi de barman en vertu d'un contrat à durée indéterminée souscrit le 10 avril 2023, il est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation s'agissant de ses conditions d'existence et de son insertion ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est injustifiée et disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- la condition relative à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige n'est pas davantage remplie dès lors qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge des référés ;

- la requête, enregistrée le 29 mai 2023 sous le n° 2302088, tendant notamment à l'annulation de la décision préfectorale attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir convoqué à l'audience publique :

- Me Boyle,

- et le préfet de l'Eure.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 15 juin 2023 à 9 h 20, présenté son rapport et entendu les observations de Me Boyle, pour M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et insiste sur l'urgence à statuer, laquelle est caractérisée par la rupture du lien de travail que l'intéressé a noué avec des employeurs ; qui relève que l'administration ne peut se permettre de discréditer l'importance de ces relations de travail en se fondant sur la nature des emplois, notamment celui de barman, occupés ; qui précise que le traitement prescrit se caractérise, dans son dernier état, par un protocole très encadré, contraignant en termes de prise de médicaments et de suivi ; qui, en réponse à une question, souligne qu'il n'est pas établi que la liste des médicaments disponibles au Liberia, éditée en 2017, soit un document qui permette de s'assurer de l'accès aux soins, étant précisé que rien ne permet de savoir sur quels éléments s'est fondé le collège médical de l'OFII pour estimer que les soins étaient disponibles.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 9 h 27, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur le bien-fondé de la demande :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés n'est propre, en état de l'instruction, à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision, contenue dans l'arrêté du 6 mars 2023, par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de renouveler la carte de séjour " vie privée et familiale " de M. C en raison de son état de santé.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence à statuer, que M. C n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 mars 2023 du préfet de l'Eure en tant qu'il a refusé de lui renouveler sa carte de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D C, à Me David Boyle et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l'Eure.

Fait à Rouen, le 16 juin 2023.

Le juge des référés,

Signé

P. A

Le greffier,

Signé

N. BOULAYLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2302089

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