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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302254

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302254

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. B D, représenté par

Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant trois années ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2023 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de saisine préalable des médecins de l'OFII ;

- ne respecte pas les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

La décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que la mesure d'éloignement est illégale ;

- ne respecte pas les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que la mesure d'éloignement est illégale.

La décision lui interdisant tout retour en France pour une durée de deux années :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que la mesure d'éloignement est illégale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

La décision prononçant son assignation à résidence :

- est signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- ne comprend aucun élément permettant de considérer que son éloignement serait une perspective raisonnable ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. D, qui reprend les moyens présentés dans la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D est un ressortissant libyen né le 3 mars 2005, qui serait entré sur le territoire français en 2021. Après avoir été interpellé le 5 juin 2023 par la police et placé en garde à vue pour des faits de vol, le préfet de la Seine-Maritime, par un arrêté du 6 juin 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit tout retour sur le territoire français pendant une durée de trois années. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence. M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. D à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le requérant ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir la gravité de sa pathologie, gravité telle qu'elle serait de nature à justifier son maintien en France en vue d'y faire l'objet d'un traitement adapté. A cet égard, la prescription médicale datée du 5 juin 2023, sur laquelle figurent les mentions " Augmentin 1 g ", " Doliprane 1 g " et " Biseptine 1 application × 2/j " et la feuille de soins sur laquelle sont indiqués " Doliprane 1000mg " et " Biseptine solution ", produites à l'audience, ne sauraient conduire à devoir considérer que

M. D justifie d'une pathologie nécessitant une prise en charge en France, le caractère dégradé de l'état de santé du requérant n'étant nullement établi. Par suite, les moyens tirés du défaut de saisine du collège des médecins de l'OFII et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3.9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de l'acte attaqué ni des écritures en défense de l'administration que celle-ci n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, M. D soutient que l'acte attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est entré en France à l'âge de seize ans, y a retrouvé des membres de sa famille, et présente un état de santé dégradé qui justifie un suivi sur le territoire français. Néanmoins, le requérant ne verse au dossier aucune pièce susceptible d'attester de la réalité de ses allégations, qu'il s'agisse de son âge, de la présence de membres de sa famille en France, ou encore, ainsi qu'il vient d'être relevé, de son état de santé dégradé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur laquelle elle se fonde pour mettre utilement M. D en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été relevé précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision attaquée.

8. En troisième lieu, en indiquant dans l'acte attaqué que M. D est dépourvu de tout document officiel et de toute pièce l'autorisant à séjourner en France, qu'il se trouve en situation irrégulière sans avoir initié aucune démarche de régularisation, et qu'il représente une menace à l'ordre public en raison de faits dont il est l'auteur figurant sur le fichier automatisé des empreintes digitales, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Enfin, et eu égard au parcours de M. D en France depuis son arrivée, tel que retracé ci-dessus, l'acte attaqué, contrairement à ce qu'il soutient, n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays destination :

10. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur laquelle elle se fonde pour mettre utilement M. D en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été relevé précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision lui interdisant tout retour en France pendant trois années :

12. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur laquelle elle se fonde pour mettre utilement M. D en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été relevé précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire pour demander l'annulation de la décision attaquée.

14. En troisième lieu, dès lors qu'aucune pièce versée au dossier ne permet d'établir, d'une part, l'âge de M. D, en particulier son âge lorsqu'il est entré en France, d'autre part, une quelconque vie privée et familiale sur le territoire français ainsi que le suivi d'un traitement médical impératif en France, et qu'il est défavorablement connu des services de police, le préfet de la Seine-Maritime, en lui interdisant tout retour en France pendant trois années n'a ni porté atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'assignation à résidence :

15. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

16. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C E, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, qui dispose d'une délégation à cet effet, mentionnée dans l'arrêté préfectoral du 30 janvier 2023 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en litige doit être écarté.

17. En deuxième lieu, l'arrêté du 6 juin 2023 attaqué cite les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les éléments de fait, tenant à l'absence de présentation, lors d'une garde à vue intervenue la veille, de documents de voyage. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, serait insuffisamment motivée doit être écarté aussi bien en ce qui concerne le principe de cette mesure que ses modalités d'exécution.

18. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées précédemment, aucun défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé ne peut être reproché à l'administration, eu égard au contenu de l'acte attaqué.

19. En quatrième lieu, si le requérant soutient que l'administration n'invoque aucune circonstance permettant de considérer que son éloignement serait une perspective raisonnable, il convient de considérer, eu égard aux démarches entreprises par le préfet de la Seine-Maritime auprès du consul général de Libye le 8 juin 2023, qu'aucune pièce du dossier ne permet au tribunal d'estimer que son éloignement ne demeurait pas une perspective raisonnable à la date à laquelle l'administration, qui est tenue d'exécuter ses décisions, s'est prononcée. Enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas établi.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, à l'exception de celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. A

La greffière,

Signé :

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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