mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302259 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3P |
| Avocat requérant | SARHANE HIND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 17 juin 2023, M. C A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :
- de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
- d'annuler l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités croates ;
- d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation temporaire de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un formulaire OFPRA dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- l'arrêté contesté n'est pas suffisamment motivé ;
- il n'est pas établi que les documents d'information prévus à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 lui aient été effectivement remis dans la langue qu'il comprend ;
- l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 ont été méconnus ;
- cet acte méconnait l'article 3-2 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la non-application de la clause discrétionnaire prévu à l'article 17 de ce règlement (UE) n°604/2013 ;
Le préfet de la Seine-Maritime a communiqué des pièces enregistrées le 8 juin 2023.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Leduc comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience ;
- les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète en langue anglaise, en l'absence du conseil du requérant.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A est un ressortissant bangladais né le 3 février 1988, qui a déposé une demande d'asile le 26 avril 2023 auprès du préfet de la Seine-Maritime. Les vérifications opérées par l'administration sur le fichier EURODAC ont permis de constater qu'il avait été précédemment identifié en tant que demandeur d'asile par les autorités croates le 28 mars 2023. Le 3 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a saisi ces autorités sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, afin qu'elles exercent leur responsabilité à l'égard du requérant. La Croatie a donné son accord explicite le 17 mai 2023. Par l'arrêté attaqué du 24 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert de M. A vers la Croatie.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
4. La Croatie est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux, notamment en raison du fait que, en cas de transfert, le demandeur de protection internationale se trouverait, indépendamment de sa volonté et de ses choix personnels, dans une situation de dénuement matériel extrême.
5. Le requérant soutient que l'acte attaqué méconnait l'article 3 précité du règlement (UE) n° 604/2013 dans la mesure où le système de prise en charge des demandeurs d'asile en Croatie est affecté d'une défaillance systémique, affirmation au soutien de laquelle il verse des articles de presse, le rapport 2019 de l'organisation non gouvernementale Amnesty international, ainsi que des décisions de juridictions administratives. Si ces documents, circonstanciés et concordants, ne sont pas contemporains de l'acte attaqué, il ressort d'une documentation de mai 2023 librement accessible au public sur internet, en particulier un rapport de l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch de mai 2023 et un rapport du Service social international rédigé pour le compte de l'Etat de Vaud (Suisse), présenté par le quotidien Le Temps le 16 juin 2023, que les conditions d'accueil des demandeurs d'asile sur le territoire de la Croatie permettent de considérer qu'il existe un risque réel que ces derniers se retrouvent dans une situation de maltraitance matérielle et physique postérieurement à leur transfert vers cet Etat et soient confrontés à un contexte de privation qui les empêche de subvenir à leurs besoins. Il convient de préciser qu'en dépit d'une politique illicite de refoulements systématisés, en particulier vers la Bosnie-Herzégovine, visant les ressortissants extra-européens, les autorités croates ne se sont prononcées en 2022 que sur 100 demandes d'asile sur 12 750 demandes et n'y ont accordé une suite favorable que dans 20 cas (source Eurostat, office statistique de l'Union européenne, Annual asylum statistics). Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'acte attaqué, qui méconnait les stipulations précitées de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il convient d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de remettre à M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une attestation de demande d'asile en procédure normale, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros à Me Sarhane dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 24 mai 2023 ordonnant le transfert de M. A vers la Croatie est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de remettre à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 4 : L'État versera à Me Sarhane la somme de 900 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Sarhane et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
C. LEDUCLa greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026