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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302303

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302303

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBODARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2023 et le 11 septembre 2023, Mme H, représentée par Me Basile Bodard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Seine-Maritime, de lui délivrer un titre de séjour temporaire ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Seine-Maritime, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son avocat, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Mme G soutient que :

L'ensemble des décisions :

- a été prise par une autorité incompétente.

La décision de refus de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.

Par courrier du 09 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les stipulations de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 sont susceptibles d'être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme fondement de la décision attaquée.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

La requérante et le préfet de la Seine-Maritime n'étaient ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1.Mme H, ressortissante congolaise née le 10 février 1991 à Pointe Noire (République du Congo), déclare être entrée en France le 21 septembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa long séjour " étudiant " délivré par les autorités consulaires. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour en sa qualité d'étudiante, valide du 21 septembre 2019 au 21 septembre 2021. Le 26 octobre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 21 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n°22-052 du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime le 29 août 2022, le préfet de ce département a donné délégation à M. F D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / () ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

4. Il résulte des stipulations précitées de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants congolais désireux de poursuivre leurs études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention.

5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et que les parties aient été mises à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce, la décision de refus de délivrance du titre de séjour trouve son fondement légal dans l'article 9 précité de la convention franco-congolaise, qui peut être substitué aux dispositions de l'article L. 422-1 précité, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver la requérante d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article 9 de cette convention que lorsqu'elle examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 422-1 précité. Il convient dès lors de procéder à cette substitution de base légale.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme G a suivi sur l'année universitaire 2018-2019 une année de licence en droit, sur l'année universitaire 2019-2020 la troisième année de licence en droit privé qu'elle n'a pas validée, sur l'année universitaire 2020-2021 une formation de master en ressources humaines dans un établissement d'enseignement supérieur privé, qu'elle a fourni une attestation valable jusqu'au 6 décembre 2021 pour une formation de master 2 ressources humaines, et une attestation pour une formation intitulé " MBA HR Business Partner " en distanciel se déroulant du 7 mars 2022 au 2 janvier 2023. Mme G soutient que son ajournement lors de sa troisième année de licence est dû à des raisons médicales, que son changement d'orientation est cohérent, qu'elle a dû abandonner sa formation en master du fait du manque de diligence de l'administration dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour et que si la dernière formation dans laquelle elle est inscrite se déroule à distance, un stage de fin d'étude en présentiel est obligatoire. Toutefois, la production d'une ordonnance médicale en date du 20 janvier 2020 du Dr A dont le contenu est peu lisible et de l'acte de naissance de sa fille ne permettent pas, à eux seuls, d'établir que la requérante ne pouvait pas valider son année universitaire 2019-2020 et surtout ne permettent pas d'expliquer qu'alors qu'elle n'avait pas achevé son cursus de droit en France, elle se soit réorientée dans une formation en ressources humaines. De plus, la requérante ne démontre pas l'existence d'une cohérence dans sa réorientation avec son projet professionnel, qu'elle ne précise au demeurant pas. Enfin, l' enseignement à distance de la formation " MBA HR Business Partner ", qui selon l'attestation délivrée par le centre de formation " ne fait pas bénéficier du statut étudiant " mais s'inscrit dans un parcours de formation professionnelle continue, ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre et la requérante ne démontre pas qu'il lui serait impossible de suivre cette formation tout en résidant dans son pays d'origine alors même qu'il ressort du règlement de sa formation que l'apprentissage se fait en ligne. Par suite, Mme G ayant validé en définitive une seule année d'études en quatre années de présence en France à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Mme G soutient qu'elle réside en France depuis cinq ans, qu'elle maîtrise la langue française, qu'elle a obtenu d'excellent résultats dans ses études en France, qu'elle a une fille née et scolarisée en France, et qu'elle travaille en France. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit au point 7 que la requérante n'établit pas la cohérence et le sérieux de ses études. De plus, si elle se prévaut de sa relation avec le père de sa fille, M. C B, ressortissant congolais titulaire d'une carte de résident, les seuls documents attestant de celle-ci sont tous postérieurs à la décision attaquée. Par ailleurs, lors de sa demande de titre de séjour la requérante s'était déclarée contrainte de se rapprocher du père de sa fille en raison de son état de santé et les diverses factures produites, au demeurant postérieures à la décision attaquée, ne permettent pas de démontrer la contribution du père à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Si la requérante produit des bulletins de salaire pour les mois de mars à septembre 2022 dont certains mois ont fait l'objet d'un temps partiel, ils ne permettent pas d'établir une insertion professionnelle d'une particulière intensité. Enfin, elle ne soutient pas avoir d'autres membres de sa famille résidant en France et n'établit pas être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, Mme G ne saurait se prévaloir de son illégalité, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13 Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H, à Me Basile Bodard et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Colin Bouvet, premier conseiller,

M. Robin Mulot, premier conseiller.

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La présidente- rapporteure,

A. E

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVETLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302303

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