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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302340

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302340

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSILIE VERILHAC ET ASSOCIÉS CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2023, et un mémoire, enregistré le 23 juin 2023, M. C A, représenté par Me Beauhaire, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 13 décembre 2022 de mise en sécurité ordinaire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la Commune de Gaillon la somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêté enjoint d'accomplir les travaux dans un délai de six mois, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, avec évacuation des occupants dans un délai maximal de 30 jours et obligation d'avoir à les héberger provisoirement, les manquements à cette décision étant passible de sanctions pénales, que la question de l'existence d'un péril se pose, qu'il ne peut de toute façon tenir les délais impartis indépendamment de sa volonté ;

- Il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, dès lors que :

* Il a été pris par une autorité ne disposant pas d'une délégation pour le signer ;

* l'arrêté de mise en sécurité ordinaire aurait dû être précédé d'un arrêté de péril imminent ;

* l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il a été pris sans respect de la procédure contradictoire prévue à l'article R 511-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* il ne semble pas exister de situation de péril.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la commune de Gaillon conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 juin 2023, sous le n°2302339, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 28 juin 2023 à 10 heures, en présence de M. Tostivint greffier, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Morel, pour M. A, qui reprend les termes de sa requête et de son mémoire,

- Me Dartix-Douillet, pour la commune de Gaillon, qui reprend les termes du mémoire de la commune et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article R 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2.L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

3.Il résulte de l'instruction que par arrêté N°PM/2022-12-217 de " mise en sécurité procédure ordinaire " du 13 décembre 2022, notifié le 20 décembre 2022, la maire de Gaillon a enjoint à M. A, sur le fondement de l'article L 511-1 du code de la construction et de l'habitation, de prendre toutes mesures pour garantir la sécurité publique en procédant, sur son immeuble situé 83 rue de général de Gaulle à Gaillon, à la réalisation d'une étude de structure, à la reprise des éléments structurels afin de stabiliser l'immeuble, à la réparation du pignon est afin de supprimer tout risque d'effondrement, à la suppression de tout risque d'infiltration, à la réparation de l'ensemble des gouttières et autres dispositifs nécessaires à la bonne évacuation des eaux pluviales, à la reprise des éléments de charpente abîmés. M. A a formé un recours administratif contre l'arrêté le 9 février 2023, reçu par son destinataire le 14 février 2023. Par une décision implicite du 14 avril 2023, la maire de Gaillon a rejeté le recours administratif du requérant. Par la présente requête, enregistrée le 13 juin 2023, M. A demande au tribunal de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 décembre 2022.

4.Pour soutenir que la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative est remplie, M. A soutient que l'arrêté lui enjoint d'accomplir les travaux dans un délai de six mois, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, avec évacuation des occupants dans un délai maximal de 30 jours et obligation pour lui d'avoir à les héberger provisoirement, les manquements à cette décision étant passibles de sanctions pénales, que la question de "l 'existence d'un péril " se pose, qu'il ne peut de toute façon tenir les délais impartis indépendamment de sa volonté. Toutefois, la liquidation par la commune de Gaillon de l'astreinte susvévoquée ou la prise en charge par cette commune de l'hébergement du couple de locataires encore en place avec récupération auprès de M. A des frais exposés à cette fin, suppose, en tout état de cause, la prise de décisions distinctes de celle en litige, notamment de titres exécutoires, que M. A pourra contester s'il le souhaite. De même, en cas de poursuites pénales, l'intéressé pourra faire valoir ses arguments devant la juridiction compétente. En ce qui concerne l'impossibilité alléguée d'effectuer les travaux dans les délais impartis, les travaux dont s'agit sont décrits de manière suffisamment précise dans l'arrêté litigieux et M. A a d'ailleurs pu obtenir un devis d'un montant de 111 848 euros dès le 17 janvier 2023, l'intéressé ne justifie nullement n'avoir pu faire réaliser depuis le 20 décembre 2022, l'étude de structure prescrite, démarche qui ne nécessite aucune autorisation d'urbanisme ni a priori aucune autorisation de ses voisins, ne justifie pas avoir entrepris la moindre démarche, face au mauvais vouloir de certains voisins, auprès de l'autorité judiciaire pour obtenir une servitude de tour d'échelle, n'établit pas les conséquences précises du retrait par la commune de certaines décisions de non opposition tacites dont il était titulaire. Enfin, et surtout, il résulte des termes de l'attestation d'une entreprise du 29 novembre 2022 réalisée à la demande d'une locataire, du constat d'huissier du 25 novembre 2022, du rapport de constatation d'une suspicion de péril insalubrité du 28 novembre 2022 que l'ensemble de l'immeuble est dans un état de délabrement avancé et n'offre pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers, de sorte que l'arrêté contesté répond à des exigences de sécurité publique. Dès lors, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie, étant en outre observé que M. A a laissé passer un délai de presque six mois entre la notification de l'arrêté et la saisine du juge des référés. Il en résulte que la demande de suspension doit être rejetée.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions de l'ensemble des parties présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : les conclusions de la commune de Gaillon présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à la commune de Gaillon.

Fait à Rouen, le 29 juin 2023

La juge des référés,

A. B

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2302340

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