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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302440

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302440

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. C D, assisté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour ou de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

' la décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît le 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en ce que le préfet a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation sur ce fondement ;

- méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au prix d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas distingué la vie privée de la vie familiale dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation et d'une erreur dans l'appréciation de la proportionnalité de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

' la décision d'obligation de quitter le territoire français sous trente jours :

- est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne mentionne pas le but qu'elle poursuit ;

- repose sur un refus de séjour entaché d'illégalité ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au prix d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas distingué la vie privée de la vie familiale alors que ces notions sont autonomes ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au prix d'une erreur dans l'appréciation de la proportionnalité de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée, passée sous silence par l'autorité administrative, et de sa vie familiale, qu'il a tissée en France par son mariage avec une ressortissante française et une enfant décédée quelques heures après sa naissance ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

' la décision fixant le pays de destination :

- a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable ;

- repose sur un refus de séjour illégal et une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- la décision du 17 mai 2023 d'attribution de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique du 11 octobre 2023, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Mary, pour M. D, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et affirme que la motivation stéréotypée de l'arrêté révèle une appréciation mécanique et inhumaine de la situation du couple ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme B, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction est intervenue à 10 h 20à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, est entré en France au cours de l'année 2020 à l'âge de trente ans sans être muni d'un visa et s'est marié le 30 juillet 2022 avec une ressortissante française. Par l'arrêté du 5 avril 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence en qualité d'Algérien conjoint de Français sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Interpellé le 18 septembre 2022 pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans être titulaire d'un permis de conduire et sans avoir pu justifier d'une assurance, M. D a été, par arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 septembre 2023, assigné à résidence pendant une durée de 45 jours.

2. Eu égard aux dispositions du second alinéa de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux dispositions des articles R. 776-10 à R. 776-13 du code de justice administrative, il n'appartient qu'à une formation collégiale du tribunal de se prononcer sur les mérites des conclusions tendant à l'annulation du refus de certificat de résidence notifié au requérant ainsi que sur les demandes accessoires.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté du 5 avril 2023 cite les termes du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien dont le bénéfice était sollicité par M. D ainsi que les termes du 5 de l'article 6 de cet accord que le préfet a envisagé spontanément d'appliquer. L'arrêté comporte les considérations de fait qui ont conduit l'autorité administrative à estimer que M. D ne remplissait pas les conditions de ces stipulations. Quel que soit le caractère exact ou erroné de ses motifs, la décision de refus de séjour énonce donc les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ensuite, faute de justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien dans le champ d'application duquel il se trouve mais dont il ne remplit pas les conditions. Dès lors précisément qu'il entre dans la catégorie du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, qui précède celle des Algériens concernés par le 5 de l'article 6 de cet accord bilatéral, le moyen tiré de la méconnaissance de ce dernier texte est inopérant. Si la date précise d'entrée en France de M. D est inconnue, son arrivée au cours de l'année 2020 précède de trois années seulement la décision de refus de séjour critiquée. Son mariage précède de huit mois la même décision et la vie commune antérieure à cette union est, à supposer qu'elle ait débuté en janvier 2022, récente. Aucune insertion professionnelle ou sociale particulière n'est justifiée. L'intéressé n'est pas sans attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, et sans remettre en cause la sincérité des relations du couple, lequel a affronté la perte tragique d'un enfant quelques heures après sa naissance le 14 novembre 2022, l'atteinte portée à la situation privée et familiale de M. D n'apparaît pas disproportionnée au regard des buts poursuivis par le refus de séjour et au regard de ses effets au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, enfin, le refus du préfet de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir, par voie d'exception, que l'obligation de quitter le territoire français repose sur un refus de séjour illégal.

4. En deuxième lieu, dès lors que le refus de séjour est suffisamment motivé, ainsi qu'il est dit au point 2, l'obligation de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle du refus de séjour, est elle-même suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, articulé directement contre l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté pour les motifs énoncés au point 3, aussi bien en ce qui concerne l'atteinte portée à la vie privée qu'en ce qui concerne l'atteinte à la vie familiale qui, contrairement à ce que soutient le requérant, ne constituent pas deux notions autonomes devant faire l'objet d'une appréciation distincte.

6. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, pour les mêmes motifs, pas établie.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination est contenue dans un arrêté portant par ailleurs refus de séjour. Cet arrêté ayant été suscité par une demande d'admission au séjour émanant de M. D, il est présumé avoir été mis à même de formuler toute observation utile, y compris en ce qui concerne la perspective d'une mesure d'éloignement en cas de refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'intéressé d'être entendu avant l'édiction de la décision attaqué n'est pas fondé, étant précisé en outre qu'il n'indique pas l'élément qui, s'il avait été porté à la connaissance de l'autorité administrative, aurait eu une influence sur la détermination du pays de destination.

8. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi ne repose pas sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, ainsi qu'il résulte des points 2 à 6.

9. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée au vu des éléments analysés ci-avant n'est pas établie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction en lien avec les conclusions d'annulation sur lesquelles il est statué dans la présente instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'examen des conclusions et moyens de la requête dirigés contre la décision de refus de délivrance de certificat de résidence contenues dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 avril 2023 concernant M. D ainsi que des conclusions accessoires est réservé jusqu'à l'issue de cette instance qui se poursuit devant une formation collégiale.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

P. ALe greffier,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302440

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