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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302502

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302502

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 23 juin 2023 et le 26 juin 2023, M. C B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 21 juin 2023 par laquelle le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. B soutient que :

* les décisions sont insuffisamment motivées ;

* les décisions n'ont pas été adoptées par une autorité compétente ;

* les décisions procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

* la décision portant obligation de quitter le territoire français :

­ méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

­ n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation dans son application ;

* la décision fixant le pays de destination doit fixer son pays d'origine ou tout pays dans lequel il est légalement admissible ;

* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français peut être abrogée par l'autorité administrative spontanément ou sur demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 27 juin 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me David, avocat commis d'office représentant M. B qui soutient que :

- il est parti de Tunisie en 2018 et est resté quelques mois en Belgique où il a noué des liens avant de venir récemment en France ;

- il souhaite retourner en Belgique ;

* M. B qui soutient que :

- il a vécu plusieurs années en Belgique où résident l'un de ses frères et un de ses oncles ;

- il a connu une ressortissante française en Belgique et est venu la visiter en 2022.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 15 heures 35, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 18 avril 1997, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 9 juin 2023. Par arrêté en date du 21 juin 2023, le préfet du Morbihan a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an aux motifs qu'il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence sur conjoint et sous stupéfiants et dégradations de biens privés, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a fait aucune démarche tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour depuis son arrivée en France, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant, célibataire et sans charge de famille dont les parents et les frères vivent dans son pays d'origine à l'exception d'un de ses frères qui réside à Bruxelles où lui-même aurait vécu durant quatre année, au respect de sa vie privée et familiale et que M. B n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

3. En premier lieu, Mme A E, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet du Morbihan en date du 29 août 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui contrairement à ce que soutient le requérant n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa vie personnelle, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B par le préfet du Morbihan, sont donc suffisamment motivées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de séjour ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition, que M. B a été entendu par les services de police le 21 juin 2023 sur sa situation personnelle notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et conditions de son entrée en France ainsi que ses conditions d'hébergement. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

7. En second lieu, M. B, qui serait entré sur le territoire français le 9 juin 2023, soutient qu'il est déjà venu travailler quelques mois en France et visiter son amie, ressortissante française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de vingt-six ans après avoir vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi qu'une partie de sa fratrie et, selon ses dires, quatre années en Belgique où résiderait un de ses frères. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Tout au contraire, il a été condamné à une peine de huit mois de prison avec sursis pour des faits de violence volontaire sur sa concubine par ordonnance du Tribunal judiciaire de Vannes du 22 juin 2023. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet du Morbihan en date du 21 juin 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté dès lors que les dispositions de cet article ont trait à la reconnaissance de la qualité de réfugié et n'ont pas vocation à régir la situation du requérant.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise doit être écarté pour les motifs exposés au point 7.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

11. En se bornant à demander que la décision relative au pays de son renvoi fixe son pays d'origine ou tout pays où il serait légalement admissible, M. B ne soulève aucun moyen de nature à être examiné par le tribunal.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En se bornant à citer des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative à l'adoption l'abrogation des interdictions de retour sur le territoire français, M. B ne soulève aucun moyen de nature à être examiné par le tribunal.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2023 par laquelle le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Morbihan.

Lu en audience publique le 27 juin 2023.

Le magistrat désigné,La greffière,

T. DA. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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