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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302525

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302525

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSTERENN LAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023, M. B A, représenté par la SELARL Sterenn Law, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour étudiant sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à la SELARL Sterenn Law en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen personnalisé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision en date du 17 mai 2023.

Par un courrier du 13 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution de base légale de l'arrêté attaqué, l'article 9 de l'accord franco-togolais devant se substituer à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée pour M. A, a été enregistrée le 13 octobre 2023, et communiquée.

Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée pour la préfecture de la Seine-Maritime, a été enregistrée le 17 octobre 2023, et communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-togolaise signée le 13 juin 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Duff a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité togolaise, né le 26 novembre 1991 à Lome (Togo), est entré en France le 9 septembre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Le 1er octobre 2018, un titre de séjour lui a été délivré sur le même fondement juridique, valable jusqu'au 30 septembre 2019. Le 12 février 2020, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour temporaire en qualité d'étudiant. Par arrêté du 8 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler sa carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 9 janvier 2023, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 6 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, termes de l'article 9 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'État d'origine sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ". () ".

5. Il résulte des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-togolaise que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants togolais désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, l'arrêté contesté ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

6. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-togolaise qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par l'arrêté contesté, dès lors, d'une part, que ces stipulations et dispositions sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient et, d'autre part, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation, notamment sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé, pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Il y a donc lieu de procéder à cette substitution de base légale.

7. Il résulte des stipulations de l'article 9 de la convention franco-togolaise que la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " aux ressortissants togolais désireux de poursuivre leurs études en France est subordonnée, notamment, à la présentation d'un visa long séjour. Il ressort des pièces du dossier que contrairement à ce que soutient M. A, la demande du 9 janvier 2023 doit être regardée non comme une demande de renouvellement de titre de séjour mais comme une première demande, et à la date de la décision attaquée, M. A n'était pas titulaire d'un visa long séjour. En tout état de cause, M. A n'établit pas la réalité et le sérieux de ses études. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime a fait une exacte application des dispositions précitées en rejetant sa demande pour ce motif.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, comme les conclusions présentées par son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à SELARL Sterenn Law, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

V. Le Duff

La présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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