jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une rupture d'égalité.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Le Duff,
- les observations de Me Mukendi Ndonki substituant Me Lepeuc, pour M. A ;
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant bangladais, né le 21 septembre 1998 à Sylhet, déclare être entré en France le 3 juillet 2015, démuni de tout visa. Par ordonnance du 14 septembre 2015, le juge des enfants du tribunal de grande instance d'Orléans l'a confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département du Loiret pour une durée de six mois. Le 20 octobre 2016, M. A a présenté une demande d'asile, laquelle a été rejetée par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 7 juillet 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 janvier 2018. Par arrêté du 27 juin 2018, le préfet du Loiret a fait obligation à M. A de quitter le territoire français. A la suite de son interpellation dans le cadre d'une opération ciblée de lutte contre le travail clandestin, par un arrêté du 19 novembre 2021, le préfet de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'une année. S'étant cependant maintenu sur le territoire français malgré ces décisions, M. A a sollicité le 14 février 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 mai 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur le refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
4. Pour contester la décision de refus de titre de séjour du préfet de la Seine-Maritime, M. A, qui est entré en France à l'âge de seize ans, se prévaut de la durée de son séjour, de ses liens familiaux, et de sa maîtrise de la langue française. La réalité des liens personnels qu'il prétend entretenir avec son frère présent sur le sol national n'est établie par aucune des pièces qu'il a versées au dossier. Il n'allègue ni même n'établit avoir noué des liens personnels en France, ne faisant état d'aucune insertion sociale ni personnelle, alors que dans le même temps, il affirme être en France depuis plus de huit années, ce qu'il ne démontre pas davantage. Par ailleurs, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, si M. A se prévaut d'une durée de huit années sur le sol national, ce maintien n'a été rendu possible qu'en s'abstenant de respecter l'obligation qui lui a été faite à plusieurs reprises de quitter le territoire français. Par ailleurs, s'il apparait qu'il a exercé au sein de différents emplois en qualité d'employé polyvalent, en 2018 dans les Pyrénées orientales, en 2020/2021, dans le département des Hauts-de-Seine puis dans l'Oise, et enfin en 2022 dans le département de la Seine-Maritime, ces différents emplois l'ont été sur une courte durée, auprès d'employeurs différents, ce qui ne manifeste nullement une stabilité ni géographique ni professionnelle.
5. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime a opposé à M. A les conditions relatives à son entrée irrégulière sur le territoire français ainsi qu'à l'absence de visa par les autorités de son contrat de travail. Si le préfet ne pouvait opposer ces deux conditions à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A, il résulte cependant de l'instruction que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision, en l'absence de motifs exceptionnels justifiant l'admission au séjour de l'intéressé, et qu'il pouvait ainsi refuser de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en estimant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, c'est sans erreur de droit et sans erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Maritime a pu refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Enfin, M. A, qui ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir, ni invoquer une rupture du principe d'égalité sur le fondement de cette circulaire et de mentions figurant sur le site internet service-public.fr.
7. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour. L'arrêté préfectoral attaqué reproduit les termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce les considérations de fait ayant conduit l'autorité administrative à considérer que M. A ne remplissait pas les conditions posées par ces dispositions. Le refus de séjour, qui comportait les considérations de droit et de fait qui le justifient, est ainsi suffisamment motivé. L'obligation de quitter le territoire français n'avait donc pas à être elle-même spécialement motivée.
9. En second lieu, l'obligation de quitter le territoire français, qui ne repose pas sur une décision de refus de séjour entachée d'illégalité, n'est elle-même pas contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. L'arrêté attaqué qui vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les pays à destination desquels M. A est susceptible d'être éloigné et précise qu'il n'établit pas être exposé à la torture ou à des traitements inhumains contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.
11. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination repose sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité doit être écarté compte tenu des motifs précédemment exposés.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En vertu de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français et les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.
13. En l'espèce, l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les anciennes dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées à L. 612-8 de ce code, fait état tant de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé que de sa situation personnelle et familiale et relève qu'il a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement, respectivement le 27 juin 2018 et le 19 novembre 2021, qu'il n'a pas exécutées. Ainsi, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est suffisamment motivée.
14. Compte tenu des éléments précités relatifs à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, à sa situation personnelle et familiale et au regard des deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre, M. A, qui ne justifie d'aucune considération humanitaire, n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
15. Enfin, contrairement à ce qu'il fait valoir, dès lors que faute d'avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français précédemment intervenue, l'interdiction de retour qui lui avait alors été prescrite n'avait pas pris effet, le préfet a pu sans erreur de droit prendre une nouvelle interdiction de retour sur le territoire français, en lieu et place de prolonger la précédente mesure sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées aux fins d'injonction et au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente ;
M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
V. Le Duff
La présidente,
P. Bailly
La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026