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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302529

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302529

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. A, représenté par Me Mary, de la selarl Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " valable un an, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ensemble dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît le principe général du droit de l'Union Européenne relatif au droit d'être entendu préalablement ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord du 27 décembre 1968 modifié, entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailly ;

- et les observations de Me Mary, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 6 octobre 1993, entré selon ses dires en France en août 2020, a sollicité son admission au séjour auprès des services préfectoraux de la Seine-Maritime le 18 janvier 2023 sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, en se prévalant de son mariage le 18 novembre 2020 avec une ressortissante française. Par l'arrêté attaqué du 6 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. De plus, l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé sont retranscrits. Ainsi, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

4. Pour refuser à M. A la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet a considéré que l'intéressé ne rapportait pas la preuve de son entrée régulière sur le territoire français, faute de déclaration aux autorités compétentes lors de son entrée sur le territoire français, en provenance d'un autre Etat membre de l'espace Schengen, conformément à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il aurait été personnellement empêché de mener cette formalité à bien lors de son arrivée en France. Dans ces conditions, l'entrée de M. A sur le territoire français doit être regardée comme irrégulière et celui-ci ne peut être regardé comme remplissant les conditions des stipulations précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien doit, par suite, être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de

plein droit : () / 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. A se prévaut de la durée de sa présence et de son insertion sociale en France où réside son épouse. D'une part, M. A, qui est conjoint de ressortissant français, ne relève pas de l'article 6-5 dès lors qu'il entre dans le champ d'application de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, relatif à la délivrance d'un certificat de résidence pour les ressortissants algériens mariés avec un ressortissant français, et ce même s'il ne dispose pas d'une entrée régulière sur le territoire français. D'autre part, alors que le mariage de l'intéressé date du 18 novembre 2022, eu égard tant à la durée de son séjour en France qu'à l'ancienneté des liens matrimoniaux, et alors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un visa long séjour en qualité de " conjoint français " depuis son pays d'origine et qu'il n'établit pas l'impossibilité de retourner temporairement dans ce pays dans l'attente de la délivrance de son visa, la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni par suite comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que le requérant ne justifie d'aucune activité professionnelle, que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.

8. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, les conclusions tendant à ce que soit annulée par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

11. Il appartenait à M. A, à l'occasion du dépôt de sa demande d'admission au séjour, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de l'admission au séjour, n'imposait pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination. Ainsi, la circonstance que M. A n'ait pas été invité à formuler des observations avant l'édiction de la décision d'éloignement et de la décision fixant le pays de son renvoi ne permet pas de considérer qu'il aurait été privé de son droit à être entendu. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel que garanti par le principe général du droit de l'Union européenne doit, dès lors, être écarté.

12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, les conclusions tendant à ce que soit annulée par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la selarl Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

P. Bailly

L'assesseur le plus ancien,

V. Le Duff

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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