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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302789

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302789

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302789
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantAUDRA-MOISSON STEPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023 sous le n°2301987, communiquée par ordonnance du 11 juillet 2023 du président du tribunal administratif d'Orléans au greffe du tribunal administratif de Rouen, et par un mémoire complémentaire enregistré le 12 juillet 2023, M. A D, actuellement placé au centre de rétention d'Oissel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et ses effets juridiques dont le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 152,45 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. D soutient, dans le dernier état de ses moyens, que :

l'arrêté dans son ensemble :

- est entaché d'irrégularité dès lors que le juge de l'éloignement n'a pas statué dans les délais en méconnaissance des articles L. 614-4, L. 614-5, L. 614-6, L. 616-9 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- été prise en méconnaissance du droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnait les stipulations des articles 6-1, 6-2 et 6-4 et 7 bis de l'de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 511-4 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

la décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur la menace à l'ordre public ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les garanties de représentation suffisantes.

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 11 et 12 juillet 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D et son conseil ont disposé du temps nécessaire pour prendre utilement connaissance du troisième mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023 à 15 h 23.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Duff comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales :

' de Me Stéphanie Audra-Moisson, avocat commis d'office représentant M. D qui soutient que :

- il est présent en France depuis dix ans ;

- il est le père de trois enfants nés en France

- son mariage avec Mme B a été célébré religieusement dans une mosquée en Italie ;

- il a initié un parcours professionnel réussi au sein du centre de détention obtenant un diplôme d'électricien et son comportement a été exemplaire en l'absence de tout incident disciplinaire, ayant bénéficié par ailleurs de l'ensemble des crédits de réductions de peine et de remises de peine supplémentaires ;

- il a toujours été proche de ses trois enfants, même durant la période de détention ;

- il bénéficiait avant son incarcération d'un logement stable avec Mme B ;

- son épouse d'origine marocaine dispose d'un droit au séjour régulier en France ;

' de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui soutient qu'il souhaite rester sur le sol français pour poursuivre son effort d'intégration, qu'il exprime un sentiment de repentance au regard des différentes infractions relevées à son encontre, bien qu'il persiste à contester pour certaines sa culpabilité. Il déclare vouloir s'intégrer au sein de la société française, ce qui lui permettra notamment l'obtention de son diplôme d'électricien.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D est un ressortissant algérien né le 26 février 1984 en Algérie. Il déclare être entré irrégulièrement en France en 2012. M. D a fait l'objet d'un arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis en date du 17 mars 2018, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français durant deux ans, auquel il n'a pas déféré. Il est constant que M. D a été condamné à au moins six reprises par le juge pénale statuant en matière correctionnelle pour de nombreuses infractions d'atteinte aux biens, en dernier lieu le 5 mai 2021 par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Paris à une peine de trente mois d'emprisonnement pour des faits de de vol aggravé. A la date de l'arrêté du 24 mai 2023 du préfet d'Eure-et-Loir portant obligation de quitter sans délai le territoire français, le requérant était incarcéré au centre de détention de Châteaudun. Le 26 juin 2023, il a été placé en rétention par le préfet d'Eure-et-Loir. Dans la présente instance, M. D demande l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé son pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'arrêté pris en son ensemble :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec () une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours (). "

3. En l'espèce, l'arrêté en litige a été pris et notifié le 24 mai 2023 à Monsieur D qui a introduit son recours le jour même. Par arrêté du 26 juin 2023, le préfet de l'Eure-et-Loir a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par ordonnance du 11 juillet 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif d'Orléans a transmis la requête de M. D au tribunal administratif de Rouen. L'audience devant le juge de l'éloignement du tribunal administratif de Rouen a été fixée le 13 juillet 2023 à 15 h00. Si le requérant soutient que les délais pour être jugé n'ont pas été respectés et entachent les décisions attaquées d'irrégularité, les délais mentionnés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas prescrits à peine de dessaisissement ou de nullité. En tout état de cause, la méconnaissance de ce délai est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le tribunal n'a pas statué ni dans un délai de cent quarante-quatre heures ni dans celui de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours est inopérant et doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté du 13 avril 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme F E, préfète d'Eure-et-Loir a donné délégation à M. Yann Gérard à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure-et-Loir à l'exception : / - des déclinatoires de compétence et des arrêtés de conflit, / - des matières qui font l'objet d'une délégation de signature à un directeur départemental interministériel ou à un responsable d'unité ou de délégation territoriale. ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été auditionné le 16 mai 2023 par les militaires de la gendarmerie de Châteaudun. Par suite, son droit d'être entendu qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts n'a pas été méconnu. Le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant soutient qu'il est présent en France depuis 2012, qu'il est le père de trois enfants sont nés en France et produit les extraits d'acte de naissance, et fait valoir que ceux-ci choisiront par la suite d'avoir la double nationalité. M. D précise qu'il est marié à Mme B de nationalité marocaine épousée religieusement en Italie à la Mosquée. M. D ajoute qu'avant son incarcération, il vivait avec Mme B, et que depuis, ne pouvant plus subvenir aux besoins de la famille, celle-ci est hébergée à l'hôtel par le 115. Toutefois, si M. D produit des actes de naissance des trois enfants dont il revendique la paternité, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est le père que de deux d'entre eux, Mohammed et Islem. Par ailleurs, si M. D allègue d'une relation avec ses enfants, il ne produit toutefois aucun élément permettant d'établir un quelconque exercice de l'autorité parentale, la seule attestation manuscrite rédigée par Mme B étant insuffisante. M. D ne démontre par ailleurs aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français depuis son arrivée. Enfin, il ressort des pièces du dossier, que M. D a fait l'objet de nombreuses condamnations depuis 2016, bien qu'il conteste à l'audience la vérité judiciaire établie par des condamnations pénales pourtant devenues définitives. M. D était écroué à la date de l'arrêté en litige, à la suite de sa condamnation à la peine de trente mois d'emprisonnement par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Paris pour des faits de vol aggravé. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et notamment de la menace actuelle pour l'ordre public que représente la présence en France de l'intéressé, l'arrêté en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La préfète d'Eure-et-Loir n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () " / 2) " au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français " () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an (). " Aux termes de l'article 7bis de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () / g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à condition qu'il exerce même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance du certificat de résidence d'un an ". Enfin aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociales, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Le requérant fait valoir qu'il est père de trois enfants français. Pour autant, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté à l'audience par M. D qu'il n'est le père que de deux des trois enfants, même s'il considère les trois enfants comme étant les siens. Il reconnait que ses enfants n'ont pas la nationalité française puisque Mme B qu'il considère comme son épouse est de nationalité marocaine. M. D s'il revendique un mariage religieux en Italie auquel il accorde une valeur supérieure au mariage civil, ne peut être regardé comme étant légalement marié à Mme B notamment s'agissant des effets juridiques induits pour l'application des stipulations de l'accord franco algérien précité. Enfin, comme indiqué au point précédent, M. D n'établit pas exercer l'autorité parentale sur ses enfants ni qu'il contribue à leur entretien et leur éducation, et contrairement à ce qu'affirme le requérant, la communauté de vie avec Mme B ne ressort pas des pièces versées aux débats. En outre, bien que rentré depuis longtemps en France, sans qu'il soit possible d'établir la durée de sa présence en France, il n'a pas effectué de démarches en vue de régulariser sa situation administrative au regard de son droit au séjour. M. D, dépourvu de tout droit au séjour sur le territoire français, qui n'est pas marié à une ressortissante française, dont les enfants n'ont pas la nationalité française, ne justifie pas davantage avoir des liens personnels et familiaux stables et intenses en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 6-1°, 6-4°, 6-5° et 7 bis g) de l'accord franco-algérien susvisé et des stipulations de 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doit en conséquence être écarté. La préfète n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, indépendamment de l'énumération prévue par l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

11. En l'espèce, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 7 et 9 du présent jugement.

14. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public présentée par M. D sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 7 du présent jugement.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision ayant obligé

M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale, par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit donc être écarté.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

18. M. D ne démontre ni être entré régulièrement en France ni avoir jamais demandé la délivrance d'un titre de séjour. Il a déclaré ne pas vouloir repartir en Algérie et n'a pas mis à exécution la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Il n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Lors de son audition du 16 mai 2023 par les militaires de la gendarmerie de Châteaudun, M. D affirme qu'il n'a ni carte d'identité algérienne ni passeport, et affirme son intention de ne jamais regagner l'Algérie. Il présente donc un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. C'est, par suite, sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète du Loiret lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur l'interdiction de retour en France :

19. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige, de son insuffisante motivation, et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 9 du présent jugement.

20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".

22. Eu égard à la situation du requérant en France, l'administration, prenant en considération les circonstances que son séjour sur le territoire français est récent et qu'il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il n'y justifie pas de liens personnels et familiaux suffisamment intenses et stables, qu'il ne démontre pas d'insertion professionnelle, ayant obtenu le diplôme d'électricien récemment alors qu'il se trouvait en détention, et qu'il a été pénalement condamné pour les faits d'atteinte aux biens, cités ci-dessus, a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni entacher sa décision d'un défaut d'examen, prononcer une interdiction de tout retour en France pendant trois années.

23. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 mai 2023 du préfet de l'Eure-et-Loir doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet d'Eure-et-Loir.

Lu en audience publique le 13 juillet 2023.

Le magistrat désigné, La greffière,

Signé :Signé :

V. Le DuffP. His

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302789

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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