jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302794 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, Mme B F E, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités suédoises ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation provisoire de séjour en qualité de demandeur d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît l'articles 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- il a été pris en violation de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 53-1 de la Constitution ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Seine-Maritime a produit des pièces enregistrées le 13 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport G C,
- les observations de Me Elatrassi-Diome, représentant Mme E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, et soulève un nouveau moyen tiré du défaut d'examen de la situation de ses deux filles exposées à un risque d'excision en cas de retour dans leur pays d'origine, alors même que l'ainée des filles G E est décédée des suites d'une excision, et qui précise que la France assure une meilleure garantie de protection aux femmes exposées à des risques de mutilation génitale,
- et les observations G E, assistée G A, interprète en anglais, qui affirme que ses filles sont exposées à un risque réel d'excision en cas de retour dans leur pays d'origine, que sa fille ainée est décédée après avoir subi une mutilation génitale.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante nigériane née le 19 novembre 1980 à Benin City, s'est présentée le 3 avril 2023 à la préfecture de police de Paris pour y déposer une demande d'asile. Le 24 mai 2023, les autorités suédoises ont été saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 18-1 d) du règlement (UE) n° 604/2013. Les autorités suédoises ont donné leur accord explicite le 31 mai 2023. Par l'arrêté attaqué du 7 juin 2023, notifié le 27 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert de l'intéressée aux autorités suédoises.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté, après avoir visé le règlement (UE) n° 604/2013, indique que la requérante a été identifiée par les autorités suédoise en qualité de demandeur d'asile le 26 février 2018 et que celles-ci, saisies par la France le 24 mai 2023, ont explicitement accepté leur responsabilité en application de l'article 18-1 d) du règlement précité le 31 mai 2023. L'arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à la requérante de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Il est, dès lors, suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 603/2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application des dispositions du règlement (UE) n° 603/2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de le remettre aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits et les modalités d'application du règlement, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Cette information doit comporter l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de ce même article 4 et constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
4. Si Mme E s'est vu remettre, le 3 avril 2023, la brochure A en anglais, langue qu'elle a déclaré comprendre, le préfet, en se bornant à produire la première page de la brochure B, sur laquelle figure une date de remise antérieure à celle à laquelle la requérante a déposé sa demande d'asile, n'établit pas lui avoir remis un exemplaire de cette seconde brochure. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de l'entretien individuel, Mme E a été assistée d'un interprète en anglais, qui a assuré la traduction, non de l'intégralité des brochures, mais des informations délivrées sur leur base par l'agent de la préfecture assurant cet entretien. Il en ressort également que, en signant le résumé de l'entretien individuel, l'intéressé a certifié avoir reçu " l'information sur les règlements communautaires " et " avoir compris la procédure engagée à son encontre ". Enfin, Mme E n'a pas fait état, après cet entretien et comme elle en avait la possibilité, de carences dans l'information reçue ou de difficultés de compréhension quant à la procédure mise en œuvre à son égard. Ainsi, dès lors que l'intéressée n'a été privée, en l'espèce, d'aucune garantie, le vice affectant le déroulement de cette procédure n'a pas été de nature à entacher l'arrêté attaqué d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E a bénéficié d'un entretien individuel le 4 avril 2023 dans des conditions garantissant la confidentialité, qui s'est déroulé avec l'assistance d'un interprète en anglais, et à l'occasion duquel il a pu être vérifié qu'elle avait correctement compris les informations dont elle devait avoir connaissance, et que l'entretien s'inscrivait dans un processus de détermination de l'Etat membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il n'est pas contesté que la requérante a été reçue, lors de cet entretien, par un agent de la préfecture, lequel doit être regardé, en l'absence, notamment, de tout élément permettant de supposer un défaut de formation ou d'accès à une information suffisante, comme une personne qualifiée en vertu du droit national ayant reçu la formation nécessaire et disposant des connaissances appropriées pour remplir ses obligations. Par suite, il n'est pas établi que les exigences de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 n'auraient pas été respectées.
6. En quatrième lieu, Mme E ne produit aucun élément de nature à établir qu'à la date de la décision en litige la situation générale en Suéde - État qui, étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit donc être présumé réserver aux demandeurs d'asile un traitement conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne - ne permettrait pas d'y assurer un niveau de protection suffisant aux demandeurs d'asile et que son transfert vers ce pays l'exposerait elle ou ses filles à un risque personnel de traitement inhumain ou dégradant.
7. En outre, Mme E évoque des craintes en cas de retour au Nigéria, notamment du fait que ses filles mineures risqueraient d'y subir une excision. Toutefois, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner Mme E et ses filles vers D, mais seulement de prononcer son transfert aux autorités suédoises chargées de l'examen de sa demande de protection internationale. En outre, si, comme le soutient Mme E, sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les autorités suédoises, il ne ressort d'aucune des pièces des dossiers qu'elle ne serait pas en mesure de faire valoir devant ces mêmes autorités, responsables de l'examen de sa demande d'asile, tout élément nouveau relatif aux risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine et résultant de l'évolution de sa situation personnelle ou de la situation qui prévaut dans son pays d'origine. Enfin, Mme E, entrée récemment en France, n'y a pas établi d'attaches. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige aurait été pris en violation des dispositions du paragraphe du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'a méconnu ni l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, ni l'article 53-1 de la Constitution, ni, par ricochet, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3 et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
8. En dernier lieu, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, alors que la décision n'a pour effet, ni pour objet d'éloigner la requérante et ses filles vers D, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E ne pourrait pas faire valoir devant les autorités suédoises, alors même que sa demande d'asile aurait été définitivement rejetée par les autorités suédoises, tout élément nouveau relatif aux risques auxquels ses filles et elle seraient exposées à titre personnel en cas de retour dans leur pays d'origine et résultant de l'évolution de sa situation personnelle ou de la situation qui prévaut dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation des filles mineurs G Mme E doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrête du 7 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités suédoises. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles exposées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête G E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F E, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
La magistrate désignée,
Signé
H. C
La greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026