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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302884

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302884

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 13 juillet 2023 et le 11 août 2023, Mme D, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi ;

- elle procède d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur de droit et d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 28 août 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me Mary, représentant Mme A qui soutient que :

- elle est en situation d'insertion depuis qu'elle s'est échappée de sa proxénète ;

- elle ne peut pas être renvoyée dans son pays d'origine en raison des craintes avérées pour sa sécurité et sa liberté où les autorités ne peuvent lui apporter leur secours ;

- son état de santé imposait de saisir le collège des médecins de l'OFII ;

* Mme A.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 9 heures 17, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane, née le 22 octobre 2022, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 14 février 2022. Elle a déposé une demande d'asile en préfecture le 2 mars 2022 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 avril 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 mars 2023. Par arrêté du 26 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que Mme A ne peut se prévaloir de la qualité de réfugié, qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, que célibataire et sans enfant elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle ne se trouve pas dans une des situations prohibant l'adoption d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

3. En premier lieu, Mme B qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 17 mai 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

4. En deuxième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. L'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise postérieurement au prononcé des décisions de l'OFPRA et de la CNDA refusant la qualité de réfugié à Mme A. Il appartenait à l'intéressée de fournir spontanément à l'administration, avant comme après le rejet de sa demande d'asile, tout élément utile relatif à sa situation. Elle n'établit pas avoir présenté ces éléments. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision, prise après un examen particulier de la situation de Mme A par préfet de la Seine-Maritime est donc suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, Mme A ne justifie pas avoir porté à la connaissance de l'autorité préfectorale les éléments relatifs à son état de santé et n'a d'ailleurs pas présenté de demande de titre de séjour à ce titre de sorte que le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière en raison du défaut de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () "

8. Pour justifier de ce que son état de santé interdirait qu'une obligation de quitter le territoire français soit prise à son encontre, Mme A se borne à produire un certificat médical du 27 juillet 2022 indiquant que les constatations physiques et psychologiques sont compatibles avec ses déclarations, ainsi qu'un certificat du 9 août 2022 indiquant qu'elle a entamé une consultation psychologique en raison de la souffrance psychique rencontrée. Si ces éléments ne remettent pas en cause les déclarations de la requérante, ils ne démontrent toutefois pas que le défaut de prise en charge pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, Mme A, qui serait entrée sur le territoire français le 14 février 2022 soutient que le centre de ses intérêts privés se trouve désormais en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire et sans enfant, n'est entrée en France qu'à l'âge de dix-neuf ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Si elle est entrée en prépa-apprentissage à compter du 20 février 2023, justifie du bon déroulé des stages ainsi effectués en boulangerie pâtisserie et dispose d'un contrat d'apprentissage entre le 11 juillet 2023 et le 10 juillet 2026, elle ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement insérée socialement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la brève durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 26 juin 2023, qui n'avait pas à apprécier distinctement les notions de vie privée et familiale, ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " [] Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

12. Si Mme A soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la dette qu'elle a contracté en France, et sans pouvoir bénéficier de la protection des autorités locales, elle n'apporte toutefois au soutien de ses allégations, aucun élément de nature à justifier de leur bien fondé. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise doit être écarté pour les motifs exposés au point 9.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. C

Le greffier,

N. BOULAY

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