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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302925

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302925

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet 2023 et 12 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Inquimbert, associée de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Lechevalier, substituant Me Inquimbert pour Mme B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 25 février 1987, est entrée en France, le 1er juillet 1992, avec ses parents alors qu'elle était mineure. Elle s'est vue délivrer un titre de séjour le 27 mai 2008, pour la remise duquel elle ne s'est toutefois jamais présentée en préfecture. Le 5 janvier 2021, l'intéressée a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 avril 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français. Par un jugement n° 2104633 du 24 février 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de cette dernière contre cet arrêté. Par un arrêt n° 22DA01123 du 26 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Douai a annulé ce jugement en tant qu'il se prononçait sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, a annulé cette décision et a enjoint au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer la situation de Mme B. Dans le cadre de ce réexamen et par l'arrêté attaqué du 12 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

3. Le préfet ne conteste pas en défense que, dans son courrier qu'elle lui a remis le 14 février 2023, en réponse à son courrier du 1er février 2023 l'invitant à transmettre " tous les éléments actualisés de [sa] situation ", Mme B a précisé solliciter un titre de séjour notamment sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que, dans son arrêt du 26 janvier 2023, mentionné au point 1, la cour administrative d'appel de Douai a relevé, pour annuler l'obligation de quitter le territoire français dont elle faisait l'objet, que Mme B justifiait résider habituellement en France depuis qu'elle avait atteint au plus l'âge de treize ans, soit plus de quinze ans avant l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, dans cette mesure, des stipulations précitées, qu'elle peut ainsi utilement invoquer, doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à Mme B. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Inquimbert, associée de la SELARL Mary et Inquimbert et avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Inquimbert d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Inquimbert, associée de la SELARL Mary et Inquimbert, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, sous réserve que Me Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Armand, premier conseiller,

M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé : J. Cotraud

La présidente,

Signé : C. Van MuylderLa greffière,

Signé : A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Hussein

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