jeudi 27 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302932 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | SEYREK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, M. E C, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant un mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de toute décision individuelle défavorable ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire a été signée par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire ;
- elle méconnaît le 5° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Seyrek, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en reprenant les éléments de la situation personnelle et familiale du requérant, notamment les risques allégués de persécution en Algérie,
- et les observations de M. C, accompagné de sa concubine, qui indique qu'il a au cours de l'année 2019 rencontré son actuelle compagne dont le divorce prononcé en Syrie n'a pas encore été retranscrit en France, qu'ils ont emménagé ensemble en octobre 2021 et que son père était un ancien combattant ayant servi pour la France.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 26 juillet 1963 à Oran, a été contrôlé par les services de police le 19 juillet 2023, avant d'être placé en retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour. Il demande l'annulation des arrêtés du 19 juillet 2023 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant un mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en vertu d'un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer les mesures d'éloignement des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.
4. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Il est dès lors suffisamment motivé.
5. M. C a été entendu par les services de police le 19 juillet 2023 sur sa situation personnelle notamment son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et les conditions de son entrée en France ainsi que ses conditions d'hébergement. Il a été informé lors de son audition de l'ensemble des mesures que pouvait, eu égard à l'irrégularité de son séjour, prendre l'administration à son encontre. Dès lors que M. C a été mis en mesure de présenter ses observations avant l'édiction de l'acte attaqué, le moyen tiré de la violation du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier du dossier du requérant.
7. Si M. C soutient qu'il vit en concubinage depuis octobre 2021 avec une ressortissante syrienne qui a obtenu le statut de réfugiée, les déclarations du requérant à l'audience peu précises et circonstanciées ainsi que les pièces versées au dossier, notamment l'attestation de domiciliation de la Croix rouge française et la facture de téléphonie mobile établie le 7 juin 2023 et libellée à son nom qui fait mention d'une adresse postale différente de celle de sa concubine, ne permettent pas de tenir pour établie l'ancienneté alléguée de la communauté de vie. M. C n'établit ni même n'allègue être inséré dans la société française où il est entré pour la dernière fois à l'âge de cinquante-six ans. La promesse d'embauche datée du 11 mai 2018 n'est pas davantage suffisante pour attester une insertion professionnelle durable et stable sur le territoire. Dès lors, en obligeant M. C à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs qui viennent d'être exposés, il y a lieu également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision par laquelle le préfet a privé le requérant d'un délai de départ volontaire. Il est dès lors suffisamment motivé.
10. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier du dossier du requérant.
11. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs qui ont été énoncés au point 5.
12. Eu égard à ce qui a été dit au point 8, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa () sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ". Si M. C dispose d'un passeport national en cours de validité, il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il entre ainsi, comme l'a relevé le préfet dans l'arrêté attaqué, dans le cas visé au 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français peut, sauf circonstance particulière, être regardé comme établi. M. C ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à justifier qu'il ne soit pas privé d'un délai de départ volontaire. Par suite, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé que sur le motif tiré du maintien irrégulier en France du requérant sans avoir sollicité un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne le pays fixant le pays de renvoi :
15. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Il est dès lors suffisamment motivé.
16. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier du dossier du requérant.
17. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs qui ont été énoncés au point 5.
18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en vertu d'un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer les interdictions de retour sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.
20. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'interdiction de retour sur le territoire. Il est dès lors suffisamment motivé.
21. M. C ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français qui n'implique pas en elle-même le retour de l'intéressé en Algérie.
22. En fixant à un mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, eu égard à la durée de la communauté de vie du requérant et à l'absence d'insertion sociale, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
23. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
24. Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en vertu d'un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer les assignations à résidence. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.
25. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'assignation à résidence. Il est dès lors suffisamment motivé.
26. L'interdiction de retour sur le territoire français ne constituant pas la base légale de l'assignation à résidence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité soulevé par le requérant doit être écarté comme inopérant.
27. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit cru tenu d'assigner le requérant à domicile pendant quarante-cinq jours.
28. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2023 doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
S. B
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026