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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302982

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302982

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; subsidiairement, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante dès lors qu'elle ne comporte aucun élément personnalisé de sa situation ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son adoption n'est qu'une possibilité et non une obligation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 4 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 28 août 2023, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 25 septembre 1978, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 2 mars 2022. Il a déposé une demande d'asile en préfecture le 10 mars 2022 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 juin 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 février 2023. Le 13 mars 2023, l'intéressé a sollicité le réexamen de sa demande. L'OFPRA a rejeté son recours le 27 mars 2023. Par décision du 26 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. A ne peut se prévaloir de la qualité de réfugié, qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, que marié et père de deux enfants qui ne résident pas en France, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il ne se trouve pas dans une des situations prohibant l'adoption d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à la vie personnelle du requérant et font état d'élément personnalisés relatifs à sa situation, comportent les considérations de droit et de fait dont il appartenait à l'autorité préfectorale de tenir compte. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, dont l'épouse et les enfants résident hors de France, n'est entré sur le territoire français qu'à l'âge de quarante-trois ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement ou professionnellement dans la société française. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé a perdu le droit de se maintenir en France après le rejet pour irrecevabilité par l'OFPRA de sa demande de réexamen. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 26 juin 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. B

Le greffier,

N. BOULAY

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