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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303149

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303149

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2023, M. B C A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ainsi que la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 3 juillet 2023 admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25 % ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Vercoustre, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité mauritanienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment la nationalité mauritanienne de M. A, son entrée régulière en France, les titres de séjour dont il a été pourvu, les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, sa situation familiale et la circonstance qu'il n'établit pas encourir des traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France de manière régulière en juillet 2003 et s'y est maintenu malgré le rejet en 2004 et en 2005 de sa demande d'asile et une invitation à quitter le territoire français prise à son encontre en janvier 2006. Il a demandé en mai 2006 un titre de séjour au regard de son état de santé et a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour pendant près de 2 ans, jusqu'en février 2008. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile, faite fin 2008 après l'expiration de cette autorisation, a été rejetée en novembre 2008 et en mars 2009. Il n'a pas mis à exécution l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre en mars 2009 et dont la légalité n'avait pas été remise en cause par le tribunal. Sur sa demande de novembre 2010, il a été mis en possession de titres de séjour pour raisons de santé jusqu'en avril 2013. Il a de nouveau bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade entre 2015 et 2019. Le renouvellement de son dernier titre en cette qualité a été refusé. Sur injonction du tribunal, le préfet de la Seine-Maritime a procédé au réexamen des demandes de M. A, qui avait sollicité à la fois son admission au regard de son état de santé et son admission exceptionnelle au séjour, et a adopté les décisions en litige. Si le requérant soutient qu'il a occupé différents emplois depuis 2003 et a bénéficié récemment d'un contrat à durée déterminée d'un an renouvelé, il ne produit pas ces contrats mais seulement des bulletins de paie couvrant une période allant de fin août 2021 à avril 2022 et une période allant de janvier 2023 à avril 2023 pour un emploi de plongeur en restauration. Le requérant n'établit donc pas avoir travaillé pendant une durée significative depuis son entrée en France. M. A ne fait état d'aucune insertion sociale en France et ne dispose pas de logement autonome, étant hébergé par l'Armée du Salut. Il ne conteste pas que les soins éventuellement nécessités par son état de santé sont désormais disponibles en Mauritanie. Il ne conteste pas non plus qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans ce pays qu'il n'a quitté qu'à l'âge de 34 ans et où résident son épouse et leurs deux enfants. Sa situation ne présente ainsi pas de caractère exceptionnel ou humanitaire. Malgré la durée du séjour en France de M. A et l'avis favorable rendu par la commission du titre de séjour, compte tenu de la durée de l'insertion professionnelle de l'intéressé telle qu'elle est établie par les pièces du dossier et son manque d'insertion sociale en France, et eu égard aux buts poursuivis par un refus de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision en litige fait suite à un refus de titre de séjour suffisamment motivé comme il a été dit au point 2. Elle est donc elle-même suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. A n'est pas entaché d'illégalité. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est dépourvue de base légale.

6. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 3.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision contestée, du défaut de base légale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés aux points 4, 5 et 3.

8. En second lieu, M. A, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour et qui avait déjà fait l'objet de décisions l'obligeant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus du préfet de l'admettre au séjour, il serait obligé de quitter le territoire français dans un délai déterminé à destination de son pays d'origine. Il était en mesure de présenter les observations qu'il souhaitait dans sa demande de titre et pendant le temps de l'instruction de celle-ci. Le requérant ne fait état d'aucune observation qu'il aurait pu présenter à propos du pays de destination déterminé par le préfet de la Seine-Maritime et qui aurait été de nature à influer sur le sens de la décision prise à son égard. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

H. JEANMOUGIN Le président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2303149

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