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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303154

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303154

vendredi 4 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSIFFERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. C B, représenté par Me Siffert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de quarante-cinq jours la durée de son assignation à résidence.

M. B soutient que la décision :

* a été adoptée par une autorité incompétente car l'empêchement de Mme D n'est pas apporté ;

* méconnaît le principe de sécurité juridique car la prolongation y est indiquée comme débutant le 5 août 2023 et le 8 août 2023 ;

* méconnaît les dispositions de l'article L.722-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car, en l'assignant jusqu'au 21 septembre 2023, il sera privé de liberté pour une durée excédant quatre-vingt-dix jours ;

* présente un caractère disproportionnée dans ses modalités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient, d'une part, que l'article 2 de la décision contestée relève d'une erreur de plume et doit être remplacé par un nouvel article 2 portant la prolongation de l'assignation à résidence du 5 août 2023 au 24 septembre 2023 ; d'autre part, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 4 août 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Siffert, avocat représentant M. B qui soutient que :

* la décision n'est pas clairement compréhensible ;

* le préfet de la Seine-Maritime, dans le mémoire en défense, sollicite une mesure de substitution qui ne peut être effectuée et confirme ainsi que la décision procède d'une erreur de droit ;

* la mesure le limite dans la pratique de ses activités alors qu'il est inscrit à la faculté et pratique des activités sportives.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 09 heures 13, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

1. M. B, ressortissant algérien, né le 19 mai 1996, est entré sur le territoire français le 12 mars 2022 depuis l'Ukraine, alors qu'il était titulaire d'un titre de séjour ukrainien valable jusqu'au 15 septembre 2022. Il a sollicité, le 27 octobre 2022, la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étudiant. Par arrêté du 2 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de son renvoi. Par un arrêté du 22 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence. La légalité de ces deux arrêtés a été confirmée par jugement du 28 juin 2023. Par un nouvel arrêté du 31 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'assignation à résidence de M. B, qui demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, Mme A F, qui a signé la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer la décision en litige. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cheffe du bureau de l'éloignement n'ait pas été absente ou empêchée à la date du 31 juillet 2023. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

4. En deuxième lieu, nonobstant la mention, comme point de départ de la prolongation de l'assignation à résidence de M. B, de la date du 5 août 2023 à l'article 1er de l'arrêté en litige et de la date du 8 août 2023 à l'article 2 du même arrêté, il ressort de l'acte attaqué éclairé par le mémoire en défense produit que le préfet de la Seine-Maritime a décidé d'assigner M. B à résidence à compter du 5 août 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de sécurité juridique ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

5. En troisième lieu, M. B, qui n'a pas exécuté spontanément la mesure d'éloignement prise à son encontre et dont la légalité a été confirmée par jugement du 28 juin 2023, ne fait état d'aucun obstacle précis s'opposant à ce qu'il se présente chaque mardi et jeudi à 15h dans les locaux de la police aux frontières du Havre. Par ailleurs, il n'établit pas que l'assignation à résidence ou ses modalités d'exécution l'empêcherait, de façon disproportionnée, de mener une vie privée et familiale normale. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle au regard des buts en vue desquels elle a été adoptée.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été assigné à résidence, par arrêté du 22 juin 2023, pour la période comprise entre le 22 juin 2023 et le 5 août 2023, et, comme il vient d'être dit au point 4, que cette assignation a été renouvelée par l'arrêté en litige à compter du 5 août 2023. Le renouvellement de l'assignation à résidence ne pouvant excéder une durée de quarante-cinq jour, le préfet de la Seine-Maritime ne pouvait donc, en prenant le 5 août 2023 comme point de départ de cette prolongation, en fixer le terme, ni à la date du 21 septembre 2023 comme cela figure dans l'arrêté adopté, ni, a fortiori, au 24 septembre 2023 comme cela figure dans la demande de substitution demandée en défense à laquelle il n'appartient en tout état de cause pas à la juridiction de faire droit, dès lors qu'elle ne constitue pas une substitution de motif ou de base légale mais une réformation de la décision en litige. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le renouvellement de son assignation à résidence est intervenu pour une durée supérieure à celle prévue par les dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est donc, dans cette seule limite, fondé à en demander l'annulation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé la durée de son assignation à résidence à compter du 5 août 2023 qu'en temps qu'elle excède la durée de quarante-cinq jours.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé la durée de l'assignation à résidence de M. B à compter du 5 août 2023 est annulé en temps qu'il excède la durée de quarante-cinq jours.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Siffert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

T. DEFLINNE

La greffière,

Signé :

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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