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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303184

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303184

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 21 août 2023, M. A C, représenté par Me Souty, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures ;

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros TTC en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la requête est recevable dès lors que les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ne sont pas applicables ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'autorité administrative n'a pas saisi le médecin de zone de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 21 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par courrier du 21 août 2023 en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur l'irrecevabilité de la requête dès lors que la requête ne contient aucun moyen en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 24 avril 2023, le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 août 2023 :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Souty qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les frères, sœurs et parents du requérant sont présents régulièrement en France et certains sont de nationalité française ; qu'elle est entachée d'un vice de procédure tirée de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque l'intéressé souffre d'un asthme grave pour lequel il fait l'objet d'un traitement indisponible dans son pays d'origine ; qu'elle méconnaît le droit à être entendu préalablement à l'édiction d'une mesure défavorable ; que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des dangers existants dans son pays d'origine ; que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et enfin il présente des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

- et les observations de M. C qui fait état de la présence en France de ses frères et sœurs avec qui il vit chez ses parents au Havre et indique être en couple depuis trois ans avec une ressortissante française.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant sénégalais, né le 10 août 2001 à Montivilliers (76), est écroué au centre pénitentiaire du Havre. Par arrêté du 10 juillet 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3°) L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé s'est vu notifier un arrêté portant refus de titre de séjour le 10 mars 2022 et n'a pas sollicité à nouveau un titre de séjour. Compte tenu des dispositions de cet article, citées ci-dessus, l'arrêté attaqué n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, en ce qu'il porte obligation de quitter le territoire français. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont issues de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité qui a procédé à la transposition, dans l'ordre juridique interne, de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, que le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, il ressort des procès-verbaux dressés les 10 janvier 2023 et 10 mars 2023 par des officiers de police judiciaire que M. C a refusé de se présenter à sa convocation pour être notifié d'un arrêté préfectoral d'assignation à résidence et a refusé à deux reprises de se présenter au parloir du centre de détention afin de procéder à son audition administrative à transmettre au bureau de l'éloignement de la préfecture de Rouen. En outre, le requérant a été notifié de la décision de refus de titre de séjour du 10 mars 2022, qu'il a contesté devant le tribunal administratif de Rouen. Dès lors, le requérant ne pouvait sérieusement ignorer que l'irrégularité de sa situation l'exposait à une décision portant obligation de quitter le territoire français. Enfin, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. C aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté, ce qui ne saurait se déduire ni de la seule circonstance qu'il était incarcéré à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". L'article R. 611-1 du même code prévoit que : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article termes de l'article R. 611-2 de ce même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

9. En l'espèce, M. C soutient qu'il est atteint d'un asthme grave traité par le médicament Symbicort indisponible dans son pays d'origine. Toutefois, aucune pièce versée aux débats ne permet d'établir que M. C aurait porté à la connaissance du préfet des éléments d'information permettant d'établir qu'il présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie, prévue au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, aucune des pièces du dossier ne permet d'établir la réalité et la gravité de cette pathologie. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 10 juillet 2023, que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. C soutient qu'il est né en France en 2001. Il est ensuite retourné dans son pays d'origine entre 2010 et 2017 pour revenir en France à compter de 2017. Il fait état de la présence en France de l'ensemble de ses frères et sœurs, qui sont titulaires de titres de séjour ou de nationalité française ainsi que de la présence de ses parents.

13. Toutefois, l'intéressé a seulement mentionné à l'audience habiter chez ses parents au Havre avec certains de ses frères et sœurs avec qui il " s'entend bien " mais n'apporte pas d'élément suffisant pour établir l'intensité et la réalité des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille. Au demeurant, l'intéressé est incarcéré depuis le 16 novembre 2022 et ne fait pas état de demande de parloir de la part de membre de sa famille. En outre, si M. C soutient être en couple avec une ressortissante française, la seule attestation produite à l'instance en des termes généraux et non datée, n'est pas de nature à établir la réalité et le sérieux de leur relation.

14. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé qui ne travaille pas et n'a pas suivi de formation, a fait l'objet de condamnations pénales en 2020, 2021 et 2022 par le tribunal correctionnel du Havre pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, de conduite d'un véhicule sans permis, de détention non autorisée de stupéfiant et d'usage illicite de stupéfiant ainsi que par le tribunal judiciaire du Havre pour des faits d'usage illicite de stupéfiant et d'offre ou cession non autorisée de stupéfiant en récidive et enfin pour des faits de menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique. Il est constant que l'intéressé s'est évadé du centre pénitentiaire du Havre le 6 avril 2023 et a été de nouveau écroué le 5 mai 2023.

15. Enfin, si M. C soutient être dépourvu de famille dans son pays d'origine depuis le décès de son oncle et de ses grands-parents, ce dernier y a vécu durant sept années de ses neuf à seize ans. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

17. En septième lieu, si M. C soutient qu'il n'est pas établi qu'il ne serait pas soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et non pas à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ce moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme inopérant.

18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

19. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Si M. C fait état de risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité, la personnalité et la gravité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

23. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

24. Il ressort des pièces du dossier que M. C est né en France où il a vécu jusqu'à ses neuf ans et que ses parents et ses sept frères et sœurs, avec qui il vit depuis son retour en France en 2017, sont présents régulièrement sur le territoire français. En outre, certains de ses frères et sœurs sont de nationalité française. L'intéressé fait état de ce qu'il est dépourvu de famille dans son pays d'origine dès lors que ses grands-parents et son oncle paternel sont décédés. Dans les circonstances de l'espèce, en dépit de la précédente mesure d'éloignement dont l'intéressé a fait l'objet et de ses condamnations pénales, M. C est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation en fixant la durée de son interdiction de retour sur le territoire français à un an.

25. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français, que M. C est fondé à soutenir que l'arrêté du 10 juillet 2023 du préfet de la Seine-Maritime est illégal en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il s'ensuit que ses conclusions tendant à l'annulation des autres décisions contenues dans cet arrêté doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".

27. 18. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. C implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de mettre en œuvre dans un délai d'un mois la procédure d'effacement de ce signalement à compter de la date de notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 10 juillet 2023 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant seulement qu'il interdit à M. C de retourner sur le territoire pour une durée d'un an.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de supprimer le signalement aux fins de non-admission de M. C dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Souty et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

La magistrate désignée,

B. B

La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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