mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303325 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 août et 12 septembre 2023, M. B F, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;
- elle est contraire aux stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 octobre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;
- les observations de Me Elatrassi-Diome, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
Une note en délibéré, présentée pour M. F, a été enregistrée le 29 septembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 14 février 1993 à Chorfa (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 10 décembre 2018. Par arrêtés du 22 janvier 2021, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Suite à l'engagement d'une enquête, à la demande du tribunal judiciaire d'Evreux, par les services de police dans le cadre du projet de mariage de l'intéressé avec Mme A D, le préfet de la Seine-Maritime a, par un arrêté du 10 juillet 2023, décidé d'obliger M. F à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". Par une décision du 11 octobre 2023, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme C E, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces décisions manque en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F a été interrogé, au cours d'une audition effectuée par les services de police le 7 juin 2023, sur sa situation administrative, personnelle et familiale à la fois en France ainsi que sur son pays d'origine, et a été invité à présenter des observations sur la perspective de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui fait notamment état dans l'arrêté contesté du projet de mariage de l'intéressé avec une ressortissante française, aurait omis d'examiner de façon particulière la situation personnelle de ce dernier.
6. En troisième lieu, M. F soutient que le préfet a utilisé la procédure d'éloignement à son encontre dans le but de faire uniquement obstacle à son mariage avec Mme A D, de nationalité française. Toutefois, et alors qu'il a été convoqué le 7 juin 2023 par les services de police dans le cadre de l'enquête de mariage diligentée par le procureur de la République d'Evreux, le préfet de la Seine-Maritime n'a décidé de l'obliger à quitter le territoire français que le 10 juillet 2023 sans qu'il ne soit établi, ni même allégué que l'intéressé ait reçu une convocation en vue de la notification d'un tel arrêté concomitamment ou successivement à l'audition réalisée le 7 juin 2023. En outre et alors que l'intéressé déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 10 décembre 2018, sans chercher à régulariser sa situation, il n'est pas contesté que M. F a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, et a été assigné à résidence par arrêté du 22 janvier 2021, sans que l'intéressé n'établisse ni même n'allègue avoir déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement, édictée plus d'un mois après son audition, aurait eu pour motif déterminant de s'opposer à l'union projetée et non de mettre un terme à la présence irrégulière de l'intéressé sur le territoire national depuis près de cinq ans, nonobstant la circonstance qu'à cette date, aucune opposition à mariage, ni même de sursis à mariage n'avait été prononcée. Par suite, le moyen tiré d'un détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait le droit au mariage et serait contraire aux stipulations de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, si M. F soutient qu'il a entamé le 23 décembre 2021 une relation avec une ressortissante française, avec laquelle il précise vivre en concubinage depuis le 4 mai 2023 et justifie d'un projet de mariage, leur communauté de vie ne présente qu'un caractère récent. En outre, il n'établit pas disposer d'autre attache familiale et personnelle sur le territoire français, pas plus qu'il ne démontre des perspectives d'intégration sociale ou professionnelle sur le sol national. Dans ces conditions et alors qu'il ne fait pas état d'une quelconque impossibilité de retourner dans son pays d'origine afin d'obtenir un visa de court séjour, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, la décision contestée, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. F ne prouve pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.
10. En dernier lieu, M. F ne se prévaut d'aucun élément qui serait susceptible de révéler qu'il risquerait d'être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur l'admission de M. F à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Elatrassi-Diome.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
L. DELACOUR
Le greffier,
Signé
J-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026