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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303345

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303345

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et transmise au tribunal administratif de Rouen par une ordonnance du 14 août 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 9 août 2023 par lesquels le préfet de police, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de renvoi et, d'autre part, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

L'ensemble des décisions :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, le préfet de police, représenté par Me Jean-Paul Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 15 septembre 2023, présenté son rapport et entendu les observations de Me Ripoll, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

Considérant ce qui suit :

1.M. A B, ressortissant marocain né le 13 mars 1997 à Casablanca, est arrivé en France le 1er août 2023 par un vol en provenance de Dubaï. Il a fait l'objet d'un refus d'entrée sur le territoire et a ensuite été placé en zone d'attente par une décision du même jour. Après qu'il a refusé d'embarquer à destination du Maroc, il a été placé en garde à vue. Par deux arrêtés du 9 août 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de police l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé son pays de destination, d'autre part, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation familiale et indique qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France et qu'il est dépourvu de documents de voyage. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

3. En second lieu, M. B soutient que sa sœur réside en France depuis 20 ans et détient un titre de séjour, qu'il réside chez cette dernière et que ses deux frères résident en Italie. Toutefois, il est constant qu'il est célibataire, sans enfant à charge et il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Il n'établit pas davantage être socialement ou professionnellement intégré en France, pays dans lequel il se trouvait depuis neuf jours à la date de la décision attaquée. Enfin, la circonstance selon laquelle sa sœur résiderait en France depuis vingt ans, n'est pas, par elle-même de nature à révéler que le requérant a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, la décision en litige vise notamment les articles L. 612-1, L 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique en outre qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à cette décision et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. A cet égard, et contrairement à ce qu'il soutient, M. B n'a pas fait valoir, lors de son audition, être hébergé chez sa sœur. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

6. En dernier lieu, le premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé, pour refuser d'octroyer à M. B un délai de départ volontaire, sur son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français et sur l'absence d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Il résulte de son procès-verbal d'audition du 9 août 2023 que M. B a effectivement déclaré qu'il ne voulait pas quitter la France Si le requérant soutient qu'il réside chez sa sœur, tel n'était, en tout état de cause, pas le cas à la date de la décision attaquée, l'attestation d'hébergement de sa sœur en date du 10 août 2023 indiquant seulement qu'il peut résider chez elle à partir de cette date. Par suite, le préfet de police a pu légalement refuser d'octroyer à M. B un délai de départ volontaire. Si l'intéressé soutient aussi qu'il dispose d'une carte d'identité et n'a jamais été condamné, ces deux circonstances ne sont pas de nature à montrer qu'il serait prêt à exécuter l'obligation de quitter le territoire, ce qui d'ailleurs ne ressort pas de ses déclarations comme il vient d'être rappelé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

8. En premier lieu, la décision en litige, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que le requérant n'établit pas être exposé à des traitements contraires aux stipulations de celle-ci en cas de retour dans son pays d'origine est suffisamment motivée en droit et en fait. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par la voie d'exception, de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

10. En dernier lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. B soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour au Maroc et qu'il y serait exposé à des risques de peines ou traitements inhumains au sens des stipulations précitées. Toutefois, il n'assortit ces allégations d'aucune précision et n'a pas déposé de demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. B est entré en France le 1er août 2023, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et ne peut donc se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

13. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par la voie d'exception, de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. En troisième lieu, M. B n'était présent en France que depuis neuf jours à la date de la décision attaquée, est célibataire et sans enfant à charge, et n'établit pas avoir des liens particuliers avec sa sœur qui vit régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident, ce depuis vingt ans selon les dires du requérant, et avec ses deux frères qui vivraient en Italie. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, il n'apparait pas que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour en France pendant une durée de douze mois.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

A. CLa greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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