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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303363

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303363

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantKREUZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 août 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de M. A C, enregistrée le 11 août 2023.

Par cette requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Kreuzer, représentant M. C, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que l'arrêté comporte une motivation erronée en ce qui concerne le défaut de passeport, que le préfet n'a pas accompli les diligences nécessaires afin de s'assurer de l'absence de détention par l'intéressé d'un passeport, qu'il dispose d'attaches familiales sur le territoire français, qu'il n'a été condamné pénalement que pour des délits mineurs, et que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 11 janvier 1996 à Salda (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français au cours du mois de février 2023. Placé en garde à vue le 7 août 2023 pour des faits de violences aggravées par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, sur sa compagne, il a fait l'objet d'un arrêté du 9 août 2023, pris par le préfet de la Seine-Maritime, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et lui interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme B D, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces décisions manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 9 août 2023 qu'il a été spécifiquement interrogé par les services de la gendarmerie nationale sur sa situation administrative, familiale et personnelle, et a été mis en mesure de présenter des observations sur la perspective d'une mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu manque en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, la décision attaquée, qui s'appuie à la fois sur l'existence d'une entrée irrégulière et l'absence de démarches de la part de ce dernier afin de régulariser sa situation, ne se fonde pas sur le défaut de détention par l'intéressé d'un passeport en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, M. C se prévaut de sa relation avec une ressortissante française pour soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation. Néanmoins, l'intéressé, qui n'est entré que très récemment sur le territoire français, a été placé en garde à vue pour des faits, pour lesquels il a été condamné pénalement le 11 août 2023 à douze mois d'emprisonnement dont six avec sursis, ainsi qu'à une interdiction d'entrer en relation avec la victime pendant trois ans, de violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis à l'égard de sa compagne avec laquelle il entretenait une relation naissante et non inscrite dans la durée. Il ressort en outre de ses propres déclarations lors de son audition par les services de la gendarmerie nationale qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où résident encore ses trois sœurs et ses deux frères et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Il ne justifie en outre d'aucune insertion professionnelle ou sociale particulière. Il en résulte que le préfet n'a pas, en obligeant M. C à quitter le territoire français, commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les dispositions des articles

L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que l'intéressé, dépourvu de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité, ne présente aucun document l'autorisant à résider en France et se maintient volontairement en situation irrégulière sur le territoire français, avant de relever que M. C a déclaré lors de son audition ne pas vouloir regagner son pays d'origine. Dès lors, la décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Si la décision attaquée relève l'absence de document d'identité ou de voyage en cours de validité, alors que M. C justifie d'un passeport valable du 9 décembre 2018 au 8 décembre 2028 et par suite, d'un document de voyage en cours de validité à la date de son entrée en France, le préfet s'est aussi fondé, pour refuser d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire et retenir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, sur son entrée et son maintien tous deux irréguliers sur le sol français, ainsi que sur le refus de l'intéressé d'exécuter la mesure d'éloignement dont il pourrait faire l'objet. La légalité de ces motifs n'étant pas contesté par le requérant, ce dernier n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance par le préfet des dispositions citées au point 9, ou encore l'existence d'une erreur d'appréciation.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les dispositions des articles

L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relève que M. C n'allègue, ni ne prouve être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

15. La décision attaquée, qui mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de l'entrée récente de M. C sur le territoire français, de ses liens privés et familiaux, tant en France que dans son pays d'origine, avant de relever l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, et l'existence d'une menace à l'ordre public pour les faits pour lesquels il a été placé en garde à vue. Dès lors, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, y compris quant à sa durée et est, par suite, suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dès lors, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français.

17. En troisième lieu, compte tenu de son entrée récente sur le territoire français, de la nature et de la gravité des faits de violences volontaires habituelles sur sa compagne, avec laquelle il entretenait au demeurant une relation ne s'inscrivant pas dans la durée, et pour lesquels il a été condamné pénalement et de l'absence de preuve d'attaches familiales et personnelles autres que celle-ci sur le sol national, ainsi que d'intégration en France, le préfet a pu légalement fixer à deux années la durée de l'interdiction sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'est pas fondé et par suite, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 août 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : L. DELACOUR

Le greffier,

Signé : J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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