mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | DERBALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 août 2023, M. A C, assisté par Me Derbali, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel le préfet de Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, à titre subsidiaire, de suspendre son exécution jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Maritime de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte journalière de cent euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que :
' l'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- méconnaît l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
' la décision fixant le pays de destination :
- méconnaît les articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
' la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement est justifiée dès lors qu'il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la CNDA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- le moyen tiré de la violation du principe de non-refoulement à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français est inopérant ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle M. B a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 22 septembre 2023, à 9 h 13, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations de Me Derbali pour M. C, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête et précise, en réponse à une question, les éléments nouveaux que M. C a fait valoir dans le cadre de sa demande de réexamen de sa demande d'asile.
.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant iranien, déclare être entré en France le 10 juillet 2020 à l'âge de 39 ans. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 15 mars 2022. Par décision du 27 mars 2023, la CNDA a renvoyé l'instruction de sa première demande de réexamen à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par décision du 27 juin 2023, l'office, après avoir entendu M. C et examiné les éléments présentés comme nouveaux par ce dernier, a rejeté sa demande. Par l'arrêté du 25 juillet 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision préfectorale en litige reproduit les termes du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. C et comporte les éléments de fait propres à la situation de ce dernier. La décision attaquée est donc suffisamment motivée. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en ayant vu la demande de réexamen de sa demande d'asile traitée par l'OFPRA dans les conditions rappelées au point 1, M. C s'est légalement vu appliquer les dispositions combinées du 3° de l'article L. 531-32, de l'article L. 531-42 et du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 instaurant un principe de non-refoulement des demandeurs d'asile ne font pas obstacle à ce que les Etats prévoient, par exception à ce principe, des hypothèses dans lesquelles le droit au maintien sur le territoire prend fin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni des dispositions de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de renvoi d'une mesure d'éloignement. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces instruments sont, par suite, inopérants.
6. En quatrième lieu, M. C ne peut pas non plus utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions n'ont pas pour objet de lui accorder un droit de se maintenir sur le territoire français, lequel est régi, en ce qui le concerne, par l'article L. 542-2 du même code.
7. En dernier lieu, M. C, ressortissant iranien, est entré en France en juillet 2020. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français prononcée le 29 juillet 2022 par le préfet de Seine-Maritime. Célibataire et sans liens avérés sur le territoire français, il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans en Iran où il n'établit pas être sans attache. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté préfectoral attaqué, qui fait suite à une décision de rejet de la demande d'asile de M. C, porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. L'erreur manifeste d'appréciation invoquée au vu des mêmes éléments n'est pas davantage établie.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
8. Les deux attestations du Secours catholique et de l'association Nouvel horizon établies en janvier 2023 et août 2023 produites au dossier évoquent des démarches d'intégration mais ne contiennent aucune précision quant aux risques de mauvais traitements encourus par M. C en cas de retour en Iran. Le témoignage d'une amie, consigné sur formulaire le 21 août 2023, fait clairement état de craintes d'exécution capitale mais il n'évoque pas les faits d'apostasie invoqués par le requérant devant les organes de protection des réfugiés. Cette unique attestation, reprenant des propos indirects et peu circonstanciés, se borne en réalité à attribuer à M. C des propos anti-Mollahs et un engagement auprès des femmes iraniennes qu'il n'a jamais évoqués auparavant, sans en donner la teneur précise, et à rappeler l'attitude des autorités iraniennes en répression des manifestations. Au cours de l'audience, aucun élément plus précis n'a pu être donné, en l'absence notamment de l'intéressé. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement :
9. L'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre une décision peut, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisir le tribunal administratif de conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si un doute sérieux pèse sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'office.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et des éléments recueillis au cours de l'audience qu'il ne peut être exclu que M. C, en raison de sa conversion au christianisme et de sa réticence à suivre les prescriptions religieuses dans le cadre de son travail, soit en proie à des risques de persécution de la part des autorités iraniennes et ce, quelle que soit l'ancienneté des actes judiciaires de 2019 présentés par l'intéressé comme des éléments nouveaux compte tenu du renforcement de la répression en Iran. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'il existe un doute sérieux quant au bien-fondé de la décision de l'OFPRA du 27 juin 2023.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, partie non essentiellement perdante, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 25 juillet 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination est suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Sanaë Derbali et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
P. BLe greffier
N. BOULAY
N°2303373
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026