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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303380

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303380

vendredi 8 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 5 septembre 2023, M. C A, actuellement détenu au centre de détention de Val-de-Reuil (27), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023, qui lui a été notifié le 21 août 2023, par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; d'enjoindre à l'autorité préfectorale territorialement compétente de lui délivrer un récépissé dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale pour être fondée sur une décision de refus de renouvellement de titre de séjour elle-même illégale ;

- est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il ne peut lui être opposée une entrée irrégulière, d'une part, et que la menace à l'ordre public ne saurait être caractérisée par la simple mention de sa condamnation pénale, d'autre part ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant cru, à tort, en situation de compétence liée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés le 6 septembre 2023, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lepeuc, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et fait valoir, s'agissant de l'exception d'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, que cette décision est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant, qu'elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet n'ayant pas répondu à la demande du requérant, fondée sur l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ; Me Lepeuc fait valoir, en outre, que M. A, qui a pris conscience de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, les regrette ; qu'il s'inscrit résolument dans l'indemnisation des parties civiles ; qu'il suit assidument un parcours de soins psychiatriques ; qu'il n'est pas isolé sur le territoire français, disposant d'un tissu relationnel amical particulièrement dense ; qu'il poursuit ses efforts d'insertion professionnelle ;

- les observations de M. A.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 11 octobre 2002 est entré en France en 2019, en tant que mineur isolé. A l'issue de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance de la Vendée, il s'est vu délivrer un titre de séjour " travailleur temporaire ", régulièrement renouvelé jusqu'à son expiration, le 11 janvier 2023. Il a été définitivement condamné, le 7 septembre 2022, par la Cour d'Appel de Poitiers, à une peine de deux ans d'emprisonnement pour violences aggravées sur conjoint suivies d'incapacité de travail supérieure à huit jours. Ecroué le 10 mai 2022 à la maison d'arrêt de La Roche-sur-Yon (85), il a été transféré, le 9 novembre 2022, au centre de détention de Val-de-Reuil (27). Le 12 mai 2023, le préfet de l'Eure a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par un arrêté en date du 21 août 2023, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

4. En premier lieu, par arrêté du 13 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 27-2022-170 du 16 septembre 2022, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. E B, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de son bureau. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans attaqués doivent, par suite, être écartés.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A, rappelle la nationalité du requérant, mentionne qu'il n'est pas établi que l'intéressé pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine et indique les raisons pour lesquelles le préfet de l'Eure a décidé de prendre les décisions attaquées. L'arrêté comportant ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation des décisions litigieuses, que le préfet de l'Eure aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter l'arrêté attaqué. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été informé par un courrier du 9 août 2023, notifié le jour suivant, de ce que l'administration envisageait de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. L'intéressé a été invité, dans ce cadre, à présenter toute observation le concernant préalablement à l'adoption de l'arrêté d'éloignement en litige. Il ressort de ce même courrier que M. A a formulé des observations tenant, notamment, au fait qu'il n'a pas de famille en Guinée, que " toute [sa] vie est ici en France " et qu'il a introduit un recours contre le refus de renouvellement de son titre de séjour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre l'arrêté contesté et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à son édiction. Dans ces conditions, la procédure suivie par le préfet de l'Eure avant l'adoption de l'arrêté litigieux, n'a pas porté atteinte à son droit d'être entendu.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

8. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour du 12 mai 2023 a été signée par Mme D G, qui, en sa qualité de secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, disposait pour ce faire d'une délégation de signature consentie par arrêté n°2002-43 en date du 23 août 2022, régulièrement publié, du préfet de l'Eure. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux manque donc en fait.

9. En deuxième lieu, la décision, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation de la décision litigieuse, que le préfet de l'Eure aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter le refus de renouvellement de titre de séjour qui lui a été opposé.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ".

12. M. A a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour " travailleur temporaire ", sur le fondement de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, eu égard à la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé en France, laquelle est caractérisée, ainsi qu'il sera exposé infra, le préfet de l'Eure pouvait valablement, en application des dispositions citées au point précédent, se fonder sur le seul motif tiré de l'existence d'une telle menace sans avoir à se prononcer sur le fondement initial de la demande, pour opposer au requérant le refus de renouvellement de titre de séjour litigieux. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

14. Entré sur le territoire national en 2019, en tant que mineur isolé, M. A, qui a été pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance et a bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire " du 12 octobre 2020 au 11 janvier 2023, est célibataire et dépourvu de charges de famille. Si le requérant se prévaut de la densité de son réseau amical en France, circonstance partiellement justifiée par les pièces versées aux débats qui montrent, en particulier, qu'il a reçu de nombreux appels téléphoniques d'un compatriote durant sa détention, et s'il justifie semblablement de son insertion professionnelle, ces circonstances ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, il ne peut être tenu pour établi que M. A est complètement dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, la Guinée. Enfin, et en tout état de cause, l'appréciation de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être mise en rapport avec la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, laquelle caractérise, par elle-même, l'intensité de la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire national. Il ressort à cet égard des pièces du dossier, en particulier des motifs de l'arrêt de la Cour d'Appel de Poitiers en date du 7 septembre 2022, que M. A a été reconnu coupable de faits de violences sur sa concubine, Mlle FG., dont il n'ignorait pas la particulière vulnérabilité, celle-ci ayant subi un accident vasculaire cérébral en 2019 et une opération de chirurgie cardiaque, en 2020. L'arrêt précité fait notamment état de ce que le requérant a été interpellé, le 8 mai 2022, par la Gendarmerie Nationale, requise par des voisins, alors qu'il venait de porter de très nombreux coups à sa concubine, les violences n'ayant cessé que par l'intervention d'un voisin, qui, alerté par les cris, a enfoncé la porte du logement pour s'interposer. Le rapport d'expertise médicale du 9 mai 2022, établi dans le cadre de l'enquête pénale, relève, outre l'importance des blessures infligées à la victime, une période d'hypoxie cérébrale " vraisemblablement assez longue " consécutive à une strangulation pratiquée par M. A et retient une interruption temporaire de travail de vingt jours. Si M. A, tant à l'audience que devant le juge pénal, a indiqué regretter les faits, avoir pris conscience de leur gravité, et s'engager, tant dans un parcours de soins que dans l'indemnisation des parties civiles, ces circonstances ne sont toutefois pas de nature à minorer l'appréciation portée sur la gravité de la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France.

15. Au regard de ces éléments, pris dans leur ensemble, et compte tenu, notamment, de la particulière gravité des faits dont M. A a été reconnu coupable, le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé en refusant de renouveler son titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par conséquent, être écarté.

16. En dernier lieu, eu égard, d'une part, à ce qui a été exposé précédemment et, d'autre part, à la nécessaire conciliation devant être opérée, par l'autorité administrative, entre le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant et la protection de l'ordre public, le préfet de l'Eure n'a pas entaché sa décision de refus renouvellement de titre de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de ce qui a été exposé aux points n°8 à 16 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté en toutes ses branches.

S'agissant des autres moyens :

18. En premier lieu, le préfet de l'Eure a fondé l'obligation de quitter le territoire français contestée sur le 1° et le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit aux points n°1 et n°14 du présent jugement, que M. A a bénéficié, à compter du 12 octobre 2020 d'un titre de séjour " travailleur temporaire ", renouvelé jusqu'à son expiration, le 11 janvier 2023. La circonstance que l'intéressé a bénéficié de tels titres de séjour a ainsi eu pour effet de régulariser son éventuelle entrée irrégulière en France. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse ne pouvait être légalement fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet de l'Eure s'est également fondé sur la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. A. Ainsi, et alors que la menace pour l'ordre public est caractérisée, ainsi qu'il a été dit au point n°14, ce fondement suffisait à justifier légalement la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder sur cet unique motif pour édicter la mesure d'éloignement en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

19. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux points n°14 et n°15 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement contestée, doit être écarté.

20. En troisième lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

23. Au cas d'espèce, M. A, qui est actuellement incarcéré, qui ne présente qu'une carte d'identité consulaire guinéenne dont la période de validité a expiré et qui ne dispose pas d'un domicile certain, nonobstant le réseau amical dont il se prévaut sur le territoire national, ne présente pas de garanties de représentation au sens du 8° de l'article L. 612-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement édictée à son encontre. Au surplus, et en tout état de cause, il résulte des éléments précédemment exposés, que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public au sens du 1° de l'article L. 612-2 précité. Une telle circonstance suffit à fonder la décision attaquée. Il suit de là que le préfet de l'Eure, qui ne s'est pas placé en situation de compétence liée, pouvait valablement refuser d'octroyer un délai de départ volontaire au requérant. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

24. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n°14, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la décision refusant l'octroi à M. A d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.

25. En dernier lieu, au regard des éléments précédemment exposés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

26. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant son pays de destination.

27. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

28. M. A, qui se dit orphelin de père et de mère, fait valoir que tout éloignement à destination de son pays d'origine, où il sera totalement isolé, s'apparente à un traitement inhumain, contraire aux stipulations citées au point précédent. Toutefois, il ne peut être tenu pour établi que le requérant est complètement dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Guinée, pays où il a vécu la majeure partie de son existence, jusqu'à l'âge de 17 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

29. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n°14, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, doit être écarté.

30. En dernier lieu, au regard des éléments précédemment exposés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

31. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

32. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

33. Au cas d'espèce, M. A a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai. S'il est constant qu'il s'agit de la première mesure d'éloignement prononcée à son encontre, compte tenu de la situation personnelle du requérant, rappelée précédemment, des conditions de son séjour, de la particulière gravité des faits pour lesquels il a été condamné et de la menace à l'ordre public qu'ils traduisent, le préfet de l'Eure ne s'est pas mépris dans l'application des dispositions citées au point précédent en faisant interdiction à l'intéressé de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

34. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n°14, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, doit être écarté.

35. En dernier lieu, au regard des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

36. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marie Lepeuc et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. BOUVET

La greffière,

Signé :

N. STOCK

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303380

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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