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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303388

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303388

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2023, Mme D C, assistée par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme C soutient que :

' la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable.

' la décision fixant le pays de destination est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

' la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est illégale dès lors qu'elle n'a commis aucune infraction constituant une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 26 septembre 2023, à 9 h 19, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Merhoum , substituant Me Berradia, pour Mme C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de Mme C, assistée de Mme B, interprète en langue géorgienne, qui précise que ses deux filles, et non seulement l'aînée, souffre d'asthme ; en réponse à une question, indique qu'elle-même et son époux craignent les menaces d'une personne opposée à leur union ; précise, avec son époux, que ce dernier a été opéré, porte une prothèse du genou et a des activités militantes d'opposant à l'orientation pro-russe du régime ; en réponse à une question, affirme qu'elle maitrise la langue française et que la famille est intégrée.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne entrée en France en novembre 2015 à l'âge de 28 ans environ, a sollicité l'asile le 28 décembre 2015 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), qui a rejeté sa demande par décision du 15 juin 2016. Le 23 mars 2023, Mme C a sollicité le réexamen de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA qui l'a rejetée pour irrecevabilité par une décision du 26 avril 2023. Par l'arrêté attaqué du 11 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions mentionnées au point précédent.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le 4°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application au cas de Mme C et indique qu'elle a perdu le droit de se maintenir sur le territoire français à la suite de la décision rendue le 26 avril 2023 par l'OFPRA sur la demande de réexamen de sa demande d'asile et en dépit du recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). L'arrêté du 11 août 2023 comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Lorsqu'elle a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressée ne pouvait donc ignorer qu'en cas de refus, elle pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Au demeurant, Mme C a déjà essuyé un précédent refus de certificat de résidence en qualité de réfugié par un arrêté du 13 octobre 2016 qui lui imposait de quitter le territoire français et elle ne donne aucune précision sur un élément qui, s'il avait été porté à la connaissance de l'administration, aurait été susceptible d'avoir une influence sur l'appréciation portée sur son cas.

6. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne prescrit pas par elle-même un renvoi dans un pays déterminé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, par suite, inopérant.

7. En dernier lieu, l'état de santé pulmonaire des deux enfants du couple nécessite un suivi régulier sans présenter un niveau de gravité significativement élevé. Ni cette circonstance relative à l'allergie dont ces enfants sont sujets, ni la circonstance qu'un enfant est né sans vie en France ne caractérise une appréciation manifestement erronée de la situation de la requérante et de son époux, tous deux en situation irrégulière.

Sur le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, la réalité d'une menace pesant sur la sécurité de la famille en cas de retour en Géorgie n'est pas établie par les pièces du dossier, ni par les explications recueillies au cours de l'audience. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé pour la première fois au cours de l'audience en tant qu'il est dirigé contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, la seule circonstance alléguée que la requérante n'ait pas été condamnée pénalement est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard à la situation administrative, personnelle et familiale de la requérante en France. Le préfet de la Seine-Maritime, en ayant prononcé une mesure d'interdiction de retour d'une durée d'une année, n'a, en l'espèce, entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

P. ALe greffier

N. BOULAY

N°2303388

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