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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303703

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303703

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 15 septembre 2023, le magistrat désigné du Tribunal administratif de Rennes a transmis au Tribunal administratif de Rouen le dossier de la requête de M. A B.

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023 au greffe du Tribunal administratif de Rennes, M. E A B demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans.

Le requérant soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise sans qu'il ait pu formuler des observations et qu'il ait été entendu ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors qu'il ne présente pas de risques de fuite ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire sont est elles-mêmes illégales ;

- elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas examiné l'existence de circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Lepeuc, avocate commise d'office pour M. A B, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête mais ajoute qu'il n'a pas été entendu sur le refus de délai de départ volontaire, que le préfet n'a pas procédé à l'examen de l'existence de circonstances humanitaires pouvant s'opposer à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français lui soit infligée et qu'il a exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre, et que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Mme C D qui disposait, en qualité de cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine Maritime, d'une délégation de signature par arrêté du 30 janvier 2023 du préfet de la Seine Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, notamment l'entrée irrégulière du requérant en France, sa nationalité, l'absence de demande de titre de séjour déposée par l'intéressé, le risque de soustraction à une mesure d'éloignement et l'absence de preuve qu'il risquerait d'encourir des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine. Elle permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivée, nonobstant la circonstance qu'elle ne fasse pas mention de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. A B dont le préfet avait connaissance.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été entendu par les services de police le 12 septembre 2023 après son interpellation pour vol et a été mis à même de présenter des observations sur la perspective de son éloignement vers son pays d'origine. Il ne précise pas quelles observations supplémentaires il aurait aimé formuler et qui auraient été de nature à influer sur le sens de la décision prise à son encontre. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision aurait été prise sans que soit réalisé, au préalable, un examen approfondi de la situation personnelle du requérant.

6. En dernier lieu, le requérant, dépourvu de toute pièce d'identité ou de voyage, soutient être entré en France en 2018 mais, par les pièces qu'il produit, n'établit pas sa résidence habituelle en France depuis cette date. Il ne démontre pas la régularité de son entrée et n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour. En se bornant à faire valoir que son frère, sa sœur et son cousin vivent en France et qu'il travaille, l'intéressé ne démontre pas bénéficier d'une réelle insertion sociale ou professionnelle en France. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache en Tunisie, pays où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 18 ans et où résident ses parents et deux de ses frères. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et en lui interdisant le retour en France pendant la durée de deux ans, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est écarté pour les motifs exposés au point 3 du présent jugement.

8. En deuxième lieu, s'il n'apparait pas dans le procès-verbal d'audition que M. A B aurait été interrogé sur la perspective qu'il soit obligé de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, il a pu faire valoir la présence en France d'une partie de sa famille et sa volonté de quitter la France à destination de la Belgique. Les éléments qu'il aurait communiqué au préfet étaient donc déjà connus de ce dernier et n'auraient pas été de nature à influer sur le sens de la décision prise à son encontre. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, si M. A B soutient dans sa requête résider chez son frère qui atteste l'héberger depuis 2019, il a indiqué aux services de police résider chez son cousin. Il est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage et a déclaré vouloir rejoindre la Belgique, sans établir disposer du droit de séjourner dans ce pays. Il est entré irrégulièrement en France, n'y a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour et n'établit pas, par ses seules affirmations, avoir mis à exécution la mesure d'éloignement prise à son encontre le 11 octobre 2018. Par suite, il existe un risque que M. A B se soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige et le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, en tout état de cause, celles de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, ni commettre d'erreur d'appréciation, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

11. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3 et 6 du présent jugement.

12. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle et de l'erreur d'appréciation sont écartés pour les motifs exposés aux points 3, 5, 6, et 10 du présent jugement.

14. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté en litige que le préfet a bien procédé à l'examen de l'existence de circonstances humanitaires susceptibles de faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à l'encontre de M. A B. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

15. En troisième lieu, comme il a été dit précédemment, M. A B ne justifie pas d'une insertion sociale particulière en France ni d'aucun perspective d'insertion professionnelle. Il ne démontre pas la régularité de son entrée en France et n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour. Les pièces produites ne permettent pas d'attester d'une résidence habituelle en France. M. A B n'établit pas avoir mis à exécution la mesure d'éloignement prise à son encontre le 11 octobre 2018. Par suite, et alors même que l'intéressé ne représenterait pas une menace pour l'ordre public et que des membres de sa famille résident sur le territoire, en lui ayant interdit le retour en France pendant la durée de deux ans, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ne sont pas entachées d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A B doit donc être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de deux ans.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

H. JEANMOUGINLe greffier,

Signé :

N. BOULAYLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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