jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2023, Mme B C A, représentée par Me Souty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an, ensemble la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.
Elle soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été adoptée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle est en mesure de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en tant que victime de traite des êtres humains ;
- méconnaît l'article R. 425-1 du même code, dès lors qu'elle aurait dû être informée de la possibilité d'admission au séjour en application des dispositions précitées et des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues en cas de dépôt de plainte ;
- méconnaît l'article 11 de la directive 2011/36/UE et des articles 12 et 13 de la Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005, dite " Convention de Varsovie " ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant son pays de destination :
- a été adoptée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- a été adoptée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- a été adoptée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit d'observations, en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;
- les observations de Me Souty, représentant Mme A qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête, dépose un mémoire complémentaire dont il reprend oralement les conclusions en faisant valoir que les décisions litigieuses sont entachées d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de Mme A, ont été adoptées à l'issue d'une procédure irrégulière eu égard aux conditions dans lesquelles se sont déroulées les auditions, méconnaissent l'article 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Me Souty demande, en outre, de signaler, au titre de l'article 40 du code de procédure pénale la situation de Mme A aux parquets de Rouen et de Boulogne-sur-Mer, de transmettre copie du jugement à intervenir, pour information, au procureur de la République de Rouen et au procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, et, enfin, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet du Pas-de-Calais n'était ni présent ni représenté.
Les parties ont été informées à l'audience, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que les conclusions tendant au signalement, au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, de la situation de Mme A aux parquets de Rouen et de Boulogne-sur-Mer, étaient irrecevables en tant qu'elles ne relèvent pas de l'office du juge de l'excès de pouvoir
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C A ressortissante vietnamienne née le 28 septembre 1994 a été interpellée en zone d'accès restreint à la liaison transmanche, le 17 septembre 2023, alors qu'elle tentait de se rendre en Grande-Bretagne, dissimulée dans la soute d'un camping-car, en compagnie de neuf autres personnes de nationalité vietnamienne. Par un arrêté en date du 18 septembre 2023, le préfet du Pas-de-Calais a obligé Mme A à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdite de retour en France pour une durée d'un an. La requérante demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu de regarder les conclusions formées par le conseil de Mme A, à l'audience, sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, comme tendant à l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il y a lieu, en conséquence, d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité de certaines conclusions :
3. En l'absence de dispositions particulières, il n'appartient pas au juge administratif, dans l'exercice de ses fonctions juridictionnelles, de faire application du second alinéa de l'article 40 du code de procédure pénale. Les conclusions tendant à ce que soit effectué un signalement au parquet, ne peuvent donc qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur les moyens communs aux décisions contestées :
4. Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ". Aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ;/ 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. / Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l'aide aux migrants ou dans l'action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l'action sociale. ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'au vu des conditions d'interpellation de Mme A, des éléments recueillis par les services de police et des éléments connus et documentés relatifs à la question des mineurs non accompagnés vietnamiens et des réseaux de traite de ressortissants vietnamiens dans la région des Hauts-de-France, les services de police disposaient d'éléments suffisamment établis permettant de considérer que la requérante était victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains. Compte tenu de ces éléments, les services de police auraient dû, lors de son audition, l'informer de la possibilité d'admission au séjour et des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues par la législation et la réglementation française, en cas de plainte contre les auteurs de l'infraction. La méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que Mme A soutient remplir les conditions de l'article L. 425-1 du même code, dès lors qu'elle est en situation de porter plainte et de se voir délivrer un titre de séjour, l'a privée d'une garantie et a eu une influence sur le sens de la décision. Ce vice de procédure est, par suite, de nature à entacher d'illégalité l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 18 septembre 2023 emportant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté litigieux du préfet du Pas-de-Calais doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur l'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
8. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, qu'il soit enjoint à l'autorité administrative territorialement compétente de munir Mme A d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été statué de nouveau sur sa situation, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Souty, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat d'une somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet du Pas-de-Calais est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Souty une somme de 1 000 euros en application du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Souty et au préfet du Pas-de-Calais.
En application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Rouen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
C. BOUVET
Le greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2303708
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026