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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303725

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303725

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés d'ordonner l'expulsion immédiate de Mme E C et de M. D B, occupants de l'appartement 42, étage 4, immeuble Céphée, 21 rue Galilée, 76 000 Rouen relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) France Terre d'Asile.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de la mesure sont remplies ;

- Mme C et M. B se maintiennent illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, et des pièces, enregistrées le 13 octobre 2023, Mme C et M. B, représentés par Me Mukendi Ndonki, demandent au juge des référés :

- De leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- De rejeter la requête du préfet de la Seine-Maritime ;

- A titre subsidiaire, de leur accorder un délai de six mois pour quitter les lieux ;

- En tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser, à titre principal à Me Mukendi Ndonki au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire à eux-mêmes au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- La condition d'urgence n'est pas remplie ;

- L'expulsion de la famille se heurte à des contestations sérieuses en raison de l'état de santé de M. B, de la présence de deux enfants mineurs, de l'approche de l'hiver, de l'absence de solution d'hébergement d'urgence.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir régulièrement convoqué à une audience publique :

- le préfet de la Seine-Maritime ;

- Mme C et M. B.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 octobre 2023 à 9 heures 30 en présence de M. Tostivint, greffier, Mme A a lu son rapport, et entendu les observations de Me Mukendi Ndonki, pour Mme C et M. B, qui dépose une pièce à l'audience (ordonnance médicale) et reprend ses conclusions et moyens en ajoutant, s'agissant de la condition d'urgence, qu'elle n'est pas remplie eu égard au délai mis par le préfet pour lancer la procédure d'expulsion et eu égard à la circonstance que les structures accueillant des demandeurs d'asile ne sont pas saturées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures.

Considérant ce qui suit :

1.En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme E C et M. D B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique.

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Mme C et M. B, ressortissants arméniens, ont sollicité le statut de réfugié et ont bénéficié, en qualité de demandeurs d'asile, d'un accueil dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) France Terre d'Asile à compter du 6 octobre 2022. Les demandes d'asile de Mme C, de M. B et de l'aîné de leurs enfants ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 novembre 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 10 mai 2023. Mme C et M. B, qui ont fait chacun l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 16 février 2023 et ont vu leurs deux requêtes rejetées par le Tribunal administratif le 14 avril 2023, ont été informés qu'ils devaient en principe quitter leur lieu d'hébergement avant le 30 juin 2023 par courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 mai 2023. Le préfet de la Seine-Maritime a mis Mme C et M. B en demeure de quitter les lieux dans un délai de trois semaines, par lettre du 27 juillet 2023 présentée le 1er août 2023 qu'ils n'ont pas été retirer à la Poste.

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C et M. B se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse sur ce point. La circonstance que M. B ait débuté un traitement médical en France, alors qu'il ne résulte, en tout état de cause, pas des pièces produites que sa pathologie présenterait un caractère particulièrement grave, n'est pas constitutive d'une telle contestation. Les circonstances que le couple est parent de deux enfants nés en mars 2021 et septembre 2022 et que l'hiver approche ne sont pas non plus constitutives de contestations sérieuses dans les circonstances de l'espèce. Si les intéressés soutiennent aussi que l'administration ne leur a pas proposé un hébergement d'urgence, ils n'établissent pas, en tout état de cause, avoir sollicité quoi que ce soit.

6. En second lieu, le préfet établit que les lieux d'accueil pour demandeurs d'asile en Seine-Maritime sont globalement occupés à 99,1% selon les derniers chiffres disponibles et à 98,4% s'agissant des centres d'accueil pour demandeurs d'asile, que 9,8% des occupants de ces structures sont en " présence indue " et que 1786 personnes sont domiciliées auprès de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Rouen car elles ne bénéficient pas d'un hébergement stable. Dans ces conditions, il est suffisamment justifié, quand bien même le taux d'occupation des lieux d'accueil pour demandeurs d'asile n'atteint pas 100 %, que la libération des lieux occupés par Mme C et M. B présente un caractère d'urgence et d'utilité. Les intéressés ne peuvent, à cet égard, sérieusement soutenir que certaines des personnes domiciliées auprès de la structure de premier accueil des demandeurs d'asile de Rouen disposent d'un hébergement dans leur famille ou qu'il n'existe aucune situation d'urgence dès lors qu'ils ne sont plus demandeurs d'asile. De même, le délai d'un peu moins de quatre mois qui s'est écoulé entre la notification à Mme C et à M. B du rejet de leur demande d'asile par la CNDA et la saisine du Tribunal par le préfet n'est pas de nature à faire disparaître l'urgence à ce que la mesure qu'il sollicite soit prononcée, étant en outre rappelé que les dispositions de l'article L 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce que le préfet saisisse le Tribunal dès notification de la décision refusant définitivement l'asile.

7. Toutefois, si la libération des lieux en cause présente ainsi un caractère d'urgence et d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu, pour permettre à Mme C et M. B, qui sont accompagnés de deux enfants âgés de deux et un an de faire valoir leur droit à un hébergement d'urgence, d'accorder un délai de quarante cinq jours avant la mise à exécution d'office de cette mesure.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est, sous cette condition de délai, fondé à demander que soit ordonnée la libération par Mme E C, M. D B et tous occupants de leur chef de l'appartement 42, étage 4, immeuble Céphée, 21 rue Galilée, 76 000 Rouen relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) France Terre d'Asile.

9. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au titre des frais liés à l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme E C et M. D B sont admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2r : Il est enjoint à Mme E C, M. D B et tous occupants de leur chef, de libérer les lieux, occupés appartement 42, étage 4, immeuble Céphée, 21 rue Galilée, 76 000 Rouen relevant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) France Terre d'Asile.

Article 3 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à procéder, passé un délai de quarante cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de Mme E C, M. D B ainsi que de tous occupants de leur chef.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, à M. D B, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Maritime et au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Rouen.

Fait à Rouen, le 16 octobre 2023.

La juge des référés,

signé

A. A

Le greffier,

signé

H. Tostivint

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

signé

S. Combes

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