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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303749

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303749

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2023, Mme D C, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de cent euros

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant son pays de destination :

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Mary, représentant Mme C qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C ressortissante congolaise (République du Congo) née le 19 juin 1985 est entrée en France le 15 juin 2022 avec un passeport d'emprunt pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée par l'OFPRA, le 31 octobre 2022, décision confirmée par la CNDA, le 15 juin 2023. Par un arrêté en date du 22 août 2023, notifié le 6 septembre suivant, le préfet de la Seine-Maritime a obligé Mme C à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination. La requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre les intéressés lorsque ceux-ci ont déjà eu la possibilité de présenter leur point de vue de manière utile et effective.

4. En l'espèce, la requérante a pu faire valoir ses observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile. Le droit de l'intéressée à être préalablement entendu ainsi satisfait n'imposait par conséquent pas à l'administration de la mettre à même de réitérer ses observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, pris en application du rejet de sa demande d'asile. Dès lors, faute de justifier d'un élément qui aurait été de nature à influencer le sens de la décision contestée, et qu'elle n'aurait pas été en mesure de faire valoir en temps utile, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées ont été édictés en méconnaissance de son droit à être préalablement entendue. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

5. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante, avant d'adopter les décisions en litige. Le moyen soulevé en ce sens manque en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée pour la première fois sur le territoire national, le 15 juin 2022 ne résidait que depuis un an et deux mois en France, à la date de la décision litigieuse. Si la requérante se prévaut de sa relation avec un ressortissant français, M. B A, cette relation est, en tout état de cause, très récente, et la vie commune du couple, n'est pas établie. En outre, le PACS en date du 6 octobre 2023, produit par la requérante, est postérieur à la décision attaquée. La requérante ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière dans la société française. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la présence en France de membres de sa famille, notamment son père et certains de ses frères et sœurs, n'est pas, par elle-même, et à elle-seule, de nature à caractériser une atteinte disproportionnée portée par le préfet, qui n'avait pas à apprécier distinctement les notions de vie privée et familiale, à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, alors qu'il n'est nullement établi que ses deux enfants nés respectivement en 2012 et 2014, ne pourront pas suivre une scolarité normale dans leur pays d'origine, leur intérêt supérieur ne saurait être tenu pour lésé par la décision litigieuse. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doivent être écartés.

8. En second lieu, pour les motifs exposés au point précédent, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, n'est pas établie.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la mesure d'éloignement édictée à l'encontre de la requérante n'est pas illégale. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressée pourra être reconduite, ne peut qu'être écartée.

10. En second lieu, en vertu de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Mme C allègue craindre pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison de l'implication du père de l'une de ses filles, qui a été tué par les services de police locaux, dans le cadre d'une affaire de détournement de fonds publics au sein de la mairie de Brazzaville. Toutefois, elle ne produit aucun élément actuel et circonstancié de nature à établir qu'en cas de retour en République du Congo, elle serait effectivement exposée au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention précitée, éléments nouveaux qui seraient de nature à remettre en cause la décision précitée du 15 juin 2023 du juge de l'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit dans la fixation du pays de destination et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Par ailleurs, et eu égard à ce précède, l'acte attaqué ne révèle nullement que le préfet, qui s'est livré à une analyse de la situation de la requérante, se serait cru en situation de compétence liée à la suite de l'intervention de la décision de la CNDA.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

C. BOUVET

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303749

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