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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303848

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303848

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2023, M. C B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

3) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros hors taxe sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut la somme de 1 500 euros à son profit.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise sans un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle a été prise par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise sans un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le 2 octobre 2023 à 11h51, le préfet de la Seine-Maritime a transmis au tribunal l'arrêté du 30 septembre précédent par lequel M. B a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, à la suite de sa libération par le juge des libertés et de la détention.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête ; il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 6 janvier 2023 à 11h15, présenté son rapport et entendu les observations de Me Yousfi, avocat de M. B, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête.

En l'absence de M. B et du préfet de la Seine-Maritime ou de son représentant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant de nationalité algérienne né en 2003, a fait l'objet par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 29 juillet 2022 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui a été prolongée de respectivement un an, deux ans et un an par des arrêtés de la même autorité des 18 août 2022, 16 octobre 2022 et 12 janvier 2023. Le 27 septembre 2023, il a été placé en garde à vue pour des faits de trafic de tabac. Au cours de cette mesure, par un arrêté du 29 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. Par la présente requête, M. B qui a été libéré par le juge des libertés et de la détention de la rétention dont il avait fait l'objet puis assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par l'autorité administrative, demande à titre principal au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023.

Sur deux moyens communs à toutes les décisions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur ". L'arrêté attaqué a été signé par la cheffe du bureau de l'éloignement qui bénéficiait, par un arrêté du 30 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime, à l'effet de signer notamment chacune des décisions contenues dans l'arrêté en litige. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué et des éléments préparatoires à celui-ci qu'il a été pris au terme d'un examen de la situation individuelle de M. B.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être motivée c'est-à-dire, comme l'énoncent les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Il ressort de l'examen de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle comporte la mention des dispositions dont elle fait application ainsi que l'exposé des circonstances de fait qui en constituent le fondement ; elle est, par suite, suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la charte précise que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".

8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

9. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

10. Il ressort des pièces du dossier que lors de la mesure de garde à vue dont il a fait l'objet, M. B a été interrogé par une fonctionnaire de police sur son parcours migratoire, les raisons de son départ, sa situation administrative, personnelle et familiale ainsi que sur ses documents. Il a en outre été invité à présenter des observations sur le prononcé éventuel, par l'autorité administrative, d'une mesure d'éloignement - ce qu'il a d'ailleurs fait - et à porter à la connaissance de l'autorité préfectorale tout élément qu'il souhaiterait, ce à quoi il a répondu " qu'est ce que vous voulez que je dise ". Par suite, il ne saurait sérieusement soutenir qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter des observations avant l'édiction de la mesure en litige.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

12. Si M. B a soutenu dans sa requête qu'il résiderait avec sa " compagne " qui serait en situation régulière, il n'a produit avant la clôture de l'instruction aucune pièce à l'appui de ses prétentions, de sorte que l'existence même de cette relation ne peut être tenue pour établie, ni a fortiori l'intensité et l'ancienneté de celle-ci, pas plus d'ailleurs que le caractère régulier du séjour de l'intéressée. En outre, M. B ne conteste pas être dépourvu de toute autre attache sur le territoire ni avoir conservé des liens personnels en Algérie, où il a vécu la majorité de son existence. En outre ces liens déjà ténus doivent être mis en balance avec les multiples mises en cause dont a fait l'objet M. B, signalisé à pas moins de dix reprises pour des faits de vols aggravés, en réunion, parfois avec violences, infractions à la législation sur les étrangers, recel et détention non autorisée de stupéfiants, sans qu'il en conteste sérieusement la matérialité ou l'imputabilité. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

13. En quatrième lieu, si M. B a soulevé la méconnaissance, par la décision attaquée, des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il s'est borné après avoir rappelé le principe posé par ces stipulations à indiquer la " la décision est entachée d'irrégularité ". Faute d'indiquer, même brièvement, les motifs de fait au soutien de ce moyen, celui-ci n'est pas assorti des précisions permettant à la juridiction d'assurer son office et il doit, dès lors, être écarté comme irrecevable.

14. Enfin, outre ce qui a été exposé au point 12 du présent jugement, M. B ne justifie d'aucune intégration personnelle ou professionnelle ; en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser une telle atteinte, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporterait sur sa situation personnelle.

Sur le refus d'accorder à M. B un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, la décision refusant d'octroyer à M. B un délai de départ volontaire comporte la mention des considérations de droit et de fait qui la fondent ; elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire ne peut qu'être écartée.

17. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ", risque qui en application de l'article L. 612-3 du même code peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque " 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

18. Il ressort des pièces du dossier qu'outre la menace pour l'ordre public que représente le comportement de M. B, il ne justifie pas être entré régulièrement et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, il a explicitement déclaré sous intention de se soustraire à la mesure d'éloignement, il est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage et de logement stable. Dès lors, c'est sans entacher sa décision d'une erreur de fait ni faire une inexacte application des dispositions citées au point précédent du présent jugement que l'autorité administrative a pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de son destinataire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, en indiquant que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Seine-Maritime a suffisamment motivé sa décision.

20. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné, ne peut qu'être écartée.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés précédemment et en particulier aux points 10 et 12 à 14 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

22. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

23. Toutefois, en se bornant qu'il appartiendrait à l'administration de démontrer en quoi sa vie ne serait pas menacée en cas de retour en Algérie, M. B qui ne fait même pas état du moindre commencement d'une quelconque menace, n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ledit moyen doit, par suite, être écarté comme irrecevable.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

25. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

26. En premier lieu, l'arrêté mentionne les dispositions dont elle fait application et évoque chacun des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision interdisant M. B de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.

27. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écartée.

28. En troisième lieu, aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ressortirait des pièces du dossier n'était de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. S'agissant de la durée de celle-ci, compte-tenu de l'ensemble des éléments tels qu'ils ont été rappelés ci-dessus, de la faible durée de présence de M. B, de l'absence de liens personnels et familiaux, de ce qu'il a cru ne pas devoir se conformer à une précédente obligation de quitter le territoire français et de la menace à l'ordre public que représente son comportement, en fixant à trois années la durée de son interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.

29. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de son destinataire.

30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions et celles de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Elatrassi et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

R. Mulot

La greffière,

Signé :

P. His

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303848

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