jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303929 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023 sous le n° 2303929, M. B D, assisté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans les communes composant la circonscription de sécurité publique de Rouen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. D soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- est fondé sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- porte atteinte à sa situation familiale et ne tient pas compte de son état de santé ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de perspectives d'éloignement à bref délai.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023 le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
II./ Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023 sous le n° 2303930, M. D, assisté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte journalière de 150 euros, et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. D soutient que :
' l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
' la décision fixant le pays de destination repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
' l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- n'est pas justifiée dès lors qu'aucune menace pour l'ordre public n'est caractérisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023 le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Berradia, pour M. D, qui reprend les conclusions et moyens des requêtes en les précisant,
- et les observations de M. D.
La clôture de l'instruction est intervenue à 13 h 45 à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien, serait entré en France au cours de l'année 2017 à l'âge de 22 ans sans être muni d'un visa. Par les arrêtés du 4 octobre 2023 attaqués, le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pendant 45 jours à une adresse située à Rouen. Il y a lieu de joindre les requêtes enregistrées sous les nos 2303929 et 2303930 qui, présentées par le même étranger, sont dirigées contre des décisions de police prises le même jour et ont fait l'objet d'une instruction commune.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. A provisoirement à l'aide juridictionnelle.
3. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat dans une procédure comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. Les motifs de jonction énoncés au point 1 sont de nature à estimer que l'aide juridictionnelle éventuellement allouée au titre de l'instance n° 2303930 soit réduite de 30 %.
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
4. En premier lieu, l'arrêté du 4 octobre 2023 cite les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. D, démuni de document l'autorisant à demeurer sur le territoire français, s'y maintient en situation irrégulière. L'obligation de quitter le territoire français comporte donc les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, l'arrêté, après avoir reproduit les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce que le requérant ne présente pas de garantie de représentation suffisante. Le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire est donc, lui aussi, suffisamment motivé en ce qu'il comporte les considérations juridiques et factuelles qui en constituent le fondement.
5. En deuxième lieu, M. D, célibataire, sans charge de famille, déclarant être hébergé chez un ami au sujet duquel il s'est montré évasif au cours de l'audience, ne justifie pas exercer les professions de livreur et de manœuvre dans le bâtiment qu'il a évoquées au cours de son audition par les services de police le 3 octobre 2023. Il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans dans son pays d'origine où demeure sa mère. La réalité de ses relations avec un ou des frères, dont certains résideraient à Rouen, n'est pas établie compte tenu des réticences de l'intéressé à apporter des précisions sur ce point. Dans ces conditions, l'atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale n'apparaît pas disproportionnée au regard des buts poursuivis par les mesures de police en litige au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas établie.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. Il résulte des points 4 à 6 que l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans :
8. En premier lieu, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire entachée d'illégalité doit être écarté pour les motifs énoncés aux points 4 à 6.
9. En deuxième lieu, le préfet était tenu de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. D. Aucun élément du dossier ni aucune considération évoquée au cours de la séance ne révèle une circonstance humanitaire qui aurait dû conduire le préfet à s'abstenir de prononcer une telle interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En dernier lieu, aucune des pièces du dossier, non plus qu'aucun élément recueilli au cours de l'audience, ne permet de tenir pour établi que M. D serait en réalité la victime de la vindicte de la conductrice avec qui il aurait eu une altercation sur la voie publique les 2 et 3 octobre 2023 à Rouen à l'occasion de laquelle il lui a été reproché d'avoir proféré des menaces de mort. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence le fait que la garde à vue du requérant n'aurait pas donné lieu à des poursuites pénales, le préfet, qui a tenu compte de toutes les circonstances et notamment de son entrée et de son maintien délibérément irréguliers sur le territoire national, n'a pas entaché son appréciation d'erreur en ayant fixé à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l'assignation à résidence :
11. En premier lieu, l'arrêté du 4 octobre 2023 attaqué cite les termes des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les éléments de fait, tenant à l'absence de présentation de documents de voyage, qui fondent la mesure restrictive de liberté en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence, qui comporte les considérations de droit et de fait, serait insuffisamment motivée doit être écarté aussi bien en ce qui concerne le principe de cette mesure que ses modalités d'exécution.
12. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence a été prise sur la base d'une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité doit être écarté pour les motifs énoncés aux points 4 à 6.
13. En troisième lieu, l'assignation à résidence en litige ne malmène pas la vie familiale, inexistante en France, de M. D. S'il a annoncé dans sa requête qu'il justifierait d'un état de santé fragile, il n'en a rien fait au cours de la séance. Par son objet comme par ses effets, la mesure attaquée ne porte donc pas une atteinte significative à sa situation personnelle et familiale.
14. En dernier lieu, il n'est pas établi qu'un éloignement vers la Tunisie ne serait pas une perspective d'éloignement à bref délai. L'erreur manifeste d'appréciation invoquée au motif que cette perspective serait illusoire n'est donc pas établie.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années, ni l'annulation de l'arrêté du même jour l'ayant assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans les communes composant la circonscription de sécurité publique de Rouen. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés aux instances doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les conditions définies au point 3.
Article 2 : Les requêtes de M. D sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
P. MINNELe greffier,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303929,2303930
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026