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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2303952

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2303952

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2303952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; subsidiairement, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- souffre d'une motivation insuffisante dès lors qu'elle ne comporte aucun élément personnalisé de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination, :

- est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements inhumains ou dégradants, garanti par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 8 novembre 2023, le magistrat désigné a présenté son rapport.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian, né le 21 janvier 1991, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 2 mars 2022. Il a déposé une demande d'asile en préfecture le 11 mars 2022 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 9 décembre 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 juillet 2023. Par décision du 15 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. B ne peut se prévaloir de la qualité de réfugié, qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il ne se trouve pas dans une des situations prohibant l'adoption d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à la vie personnelle du requérant et fait état d'éléments personnalisés relatifs à sa situation, comportent les considérations de droit et de fait dont il appartenait à l'autorité préfectorale de tenir compte. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision attaquée n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi d'une mesure d'éloignement. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.

5. En dernier lieu, pour démontrer que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, M. B ne peut utilement se prévaloir des risques encourus dans son pays d'origine en cas de retour, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent. Par ailleurs, l'intéressé, présent en France depuis un peu plus d'un an et sans attache particulière, ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni personnelle sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé, au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision l'obligeant à repartir dans son pays d'origine, où il indique avoir fait l'objet de menaces du fait de son engagement pour la cause Yorouba ainsi que de sa participation à des manifestations sujette à persécution, l'exposerait de nouveau à des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, si les pièces du dossier laissent penser la réalité du parcours du requérant et son engagement politique notamment en faveur de la défense des droits de l'homme nigérian, il n'assortit ses allégations d'aucun commencement de preuve de nature à établir la réalité des persécutions de la part des autorités nigérianes en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

V. A

La greffière,

N. Drouilhet

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°230395

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