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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304075

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304075

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête présentée pour M. B.

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 12 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

3) d'enjoindre préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

4) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à défaut à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant à sa date de naissance ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 21 novembre 2023, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

En application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, ressortissant géorgien né en 1997, entré en France en 2012 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté en date du 11/10/2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur ".

5. Par un arrêté du 1er avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer notamment chacune des décisions attaquées.

6. Par un second arrêté du 10 mars 2023, publié le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé (article 5) que la délégation de signature consentie à la directrice par l'arrêté susmentionné sera exercée en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, " pour tous les actes () relevant du bureau du contentieux ", par le chef du bureau et en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, par son adjointe, Mme D, signataire de l'arrêté en litige. Ce même article prévoit également une délégation pour signer " la validation ou le rejet des demandes de titres de séjour ainsi que des arrêtés portant refus de séjour, assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français, qui font suite, notamment, à l'injonction de réexaminer () ".

7. Toutefois il ne résulte ni de l'arrêté préfectoral du 18 novembre 2022 portant sur l'organisation de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui se borne à définir l'organigramme de la préfecture et indique que la direction des étrangers et des naturalisations comprend un bureau du contentieux dont les attributions ne sont pas précisées, mais dont l'édiction des décisions en litige ne peut être regardée comme en relevant nécessairement, ni des deux arrêtés susmentionnés des 1er avril 2022 et 10 mars 2023 que Mme D aurait reçu une délégation pour signer les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français qui n'assortissent pas un refus de séjour, et encore moins pour signer les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté a été signé par un auteur ne disposant pas d'une délégation à cet effet.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé dans toutes ses dispositions.

Sur les autres conclusions :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. Par suite, M. B étant domicilié dans le département de la Seine-Maritime, il y a lieu d'enjoindre au préfet de ce département, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation du requérant et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour. Cette injonction sera assortie d'un délai d'exécution de deux mois. Le prononcé d'une astreinte n'apparait, en revanche, pas nécessaire.

11. Enfin il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 11 octobre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé dans toutes ses dispositions.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime, ou au préfet compétent au regard du domicile actuel de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bidault, au préfet de la Seine-Saint-Denis et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.

En application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Rouen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

R. Mulot

Le greffier,

H. Tostivint

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime et préfet de la Seine-Saint-Denis chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304075

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