jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | MACREL |
Vu les procédures suivantes :
I Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023 sous le n°2304293, et un mémoire, enregistré le 4 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réétudier son dossier et de lui délivrer un titre provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas pu formuler des observations et n'a pas été mis en mesure de contacter un avocat;
- sa situation personnelle n'est pas prise en compte;
- il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français car il est arrivé en France à 13 ans, est père de deux enfants français et justifie d'un mariage avec une française ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public.
II Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2023 sous le n°2304324, M. C B, représenté par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réétudier son dossier et de lui délivrer un titre provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français sans délai est illégale, dès lors que :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* elle méconnaît le 5° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils, protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors que :
* elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion ;
* elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses fils, protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 novembre 2023, communs aux instances n°2304293 et 2304324, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet des requêtes.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023, Mme A a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Merhoum-Hammiche;
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1.Les requêtes n°2304293 et 2304324, présentées pour M. B, tendent à l'annulation du même arrêté et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
2. Par l'arrêté du 20 octobre 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. B, ressortissant marocain, à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il résulte des pièces du dossier que M. B a été entendu, le 17 octobre 2023, sur sa situation administrative et personnelle en France et mis à même de présenter des observations sur l'éventualité qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il a été représenté par un avocat qu'il a choisi. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il il n'a pas pu formuler d'observations et n'a pas été mis en mesure de contacter un avocat ne peut être accueilli.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui cite le 3° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constitue le fondement et énonce que M. B a fait l'objet, le 8 février 2022, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour trois mois, décisions validées tant par le Tribunal administratif de Rouen que par la Cour d'appel de Douai , qu'il est marié avec une ressortissante française et père de deux fils, est suffisamment motivé en droit et en fait. Cette motivation traduit l'existence d'un examen préalable du dossier par l'administration.
5. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur l'existence d'un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public (5° de l'article L 611-1) mais sur l'absence d'un titre de séjour (3° de l'article L 611-1). Par suite, le moyen tiré de l'absence de menace à l'ordre public est inopérant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ".
7. M. B, né le 4 avril 1991, établit sa présence en France pour l'année scolaire 2004-2005, soit à partir du 1er septembre 2004. Il ne justifie donc pas résider en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de 13 ans. M. B est père de deux enfants français, nés le 26 juillet 2012 et le 15 décembre 2022. Toutefois, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils aîné, qui vit à Montpellier et dont il est séparé de la mère depuis 2014, en se bornant à produire une attestation qu'il a lui-même rédigée le 14 décembre 2017. S'agissant de son second enfant, si M. B a vécu avec lui et est donc présumé avoir participé au moins à son éducation au début de sa vie, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est incarcéré à la maison d'arrêt de Rouen depuis août 2023 à la suite de sa condamnation pour des faits de récidive de violences habituelles n'ayant pas entraîné une incapacité supérieure à 8 jours par personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité et qu'il a interdiction de rentrer en contact avec la mère de l'enfant. Dans ces conditions, et en l'absence de tout autre élément au dossier, il ne peut être tenu pour établi que M. B participe actuellement à l'entretien et à l'éducation de son second enfant français. Enfin, M. B a épousé une ressortissante française, mère de son second enfant, le 7 août 2021, soit depuis moins de trois ans. Compte tenu des éléments qui viennent d'être rappelés, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il entre dans les catégories d'étranger, visées par les dispositions citées au point 6, qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
8. En cinquième lieu, si M. B vit en France depuis septembre 2004, sans toutefois établir y avoir été, depuis qu'il est majeur, à une certaine période en situation régulière, et que certains membres de sa famille s'y trouvent toujours, il n'établit pas entretenir avec eux des liens particulièrement intenses. S'il est marié avec une ressortissante française, le mariage est relativement récent et la vie commune est actuellement rompue du fait de l'incarcération du requérant et de l'interdiction judiciaire qui lui est faite d'entrer en contact avec son épouse. S'il est père de deux enfants français, il n'établit pas entretenir de liens avec l'aîné et ne peut être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation du second, étant précisé qu'il ne résulte pas des pièces du dossier qu'il ait même actuellement gardé des contacts avec lui. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être accueillis.
9. En sixième lieu, compte tenu des circonstances rappelées aux points 7 et 8, la décision en litige ne peut être regardée comme méconnaissant l'intérêt supérieur des enfants de M. B protégé par les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale pour être fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ne peut être accueilli.
Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
11. Aux termes de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. M. B ne s'est vu accorder aucun délai de départ volontaire, de sorte que le préfet était tenu, en l'absence en l'espèce de circonstances humanitaires, de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, M. B a fait l'objet d'une condamnation à 12 mois d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis pour des faits de récidive de violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité et a également fait l'objet, le 8 février 2022, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Toutefois, l'intéressé est présent depuis de très nombreuses années sur le sol français, même en situation irrégulière, ne dispose que de peu de famille proche au Maroc et il n'est pas certain qu'il entretienne encore des liens avec elle. En outre, il est marié avec une ressortissante française, avec laquelle la vie commune est actuellement rompue mais dont il résulte de l'attestation qu'elle a rédigée que cette situation pourrait ne pas être définitive et il est père d'un enfant français d'un peu moins d'un an dans l'éducation duquel il s'est investi au début de sa vie, ainsi qu'il ressort de la même attestation, et dont il n'est pas exclu qu'il continue de le faire en cas de reprise de la vie commune avec la mère. Compte tenu de l'ensemble des circonstances qui viennent d'être rappelées, la décision en litige, en tant qu'elle retient la durée maximale possible d'interdiction de retour sur le territoire français, porte une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B et méconnaît, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. B est donc fondé à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés contre elle.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, d'une part, d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté du 20 octobre 2023, d'autre part de rejeter le surplus des conclusions aux fins d'annulation.
Sur le surplus des conclusions :
14. Le présent jugement n'implique aucune mesure nécessaire d'exécution, de sorte que les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
15. L'Etat n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance. Par suite, les conclusions aux fins que la somme de 1 500 euros soit mise à sa charge sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans contenue dans l'arrêté du 20 octobre 2023 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La magistrate désignée,
SIGNE :
A. A
La greffière,
SIGNE :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision "
N°s 2304293 et 2304324
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026