vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2304383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois années et ses effets juridiques dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est irrégulière, dès lors que :
*elle est entachée d'incompétence;
* elle est insuffisamment motivée ;
* il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, étant entré en France à l'âge de 12 ans ;
* la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle est illégale pour être fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle est illégale pour être fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est illégale pour être fondée sur des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire elles-mêmes illégales;
* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier .
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 10 novembre 2023, Mme C a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Kreuzer, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, ajoute que son client encourt des risques en cas de retour au Mali et dépose deux pièces ;
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1.Par l'arrêté du 5 novembre 2023 attaqué, le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé M. B, ressortissant malien, à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans.
Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 5 novembre 2023 :
2. M. Pierre Larrey, secrétaire général de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu délégation par arrêté du préfet de ce département du 9 octobre 2023, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer notamment les obligations de quitter le territoire français, les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de renvoi et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 5 novembre 2023 doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision en litige, qui vise le 1° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constitue le fondement, énonce que M. B ne peut justifier être entré régulièrement en France et reprend les caractéristiques de sa vie privée et familiale tout en indiquant qu'il n'en justifie pas, est suffisamment motivée en droit et en fait.
4. En deuxième lieu, si M. B, né le 10 juin 2002, a produit lors de l'audience un certificat de scolarité du 10 novembre 2023 indiquant qu'il était élève du collège Robert Doisneau entre le 9 février 2015 et le 31 août 2016, ce certificat ne suffit pas à démontrer que l'intéressé résiderait régulièrement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, ce d'autant moins d'ailleurs que M. B a également produit le recto d'un titre de séjour espagnol indiquant une adresse aux Iles Baléares, valable jusqu'au 27 avril 2019 mais dont la date de délivrance n'est pas connue. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pourrait faite l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il entrerait dans les prévisions du 2° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, M. B soutient être arrivé en France en 2014, à l'âge de 12 ans, y avoir été scolarisé et que l'ensemble de ses attaches familiales proches se trouvent en France. Toutefois, il n'établit, sous réserve du certificat de scolarité cité au point 4, aucune de ses allégations, alors même qu'ayant déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, comme il sera dit infra, il ne peut ignorer l'importance de tels éléments. Au demeurant, M. B a déclaré lors de son audition du 5 novembre 2023 être venu à Rennes voir sa sœur, dont il ne connaît pas l'adresse, et a indiqué successivement être hébergé à Paris par son père et par son oncle. Dans ces conditions, il ne peut être tenu pour établi que le préfet a, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte excessive au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'il a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de l'intéressé.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant son pays de renvoi serait illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale.
7. En second lieu, s'il a été soutenu lors de l'audience que M. B encourrait des risques en cas de retour au Mali, il n'a jamais fait état de telles craintes lors de son audition indiquant simplement qu'il ne voulait pas y retourner car " tout [son] village est en France ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale.
9. En deuxième lieu, l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet à l'autorité administrative de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire notamment s'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Ce risque est regardé comme établi, sauf circonstances particulières, selon l'article L 612-3 du même code notamment si l'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, s'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, s'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité.
10. En l'espèce, M. B a déclaré lors de son audition ne pas accepter de retourner au Mali, s'est soustrait à l'exécution de l'arrêté notifié le 21 août 2020 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine, est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Aucune circonstance particulière ne ressort des pièces du dossier de nature à montrer que, malgré les éléments qui viennent d'être rappelés, M. B serait cependant prêt à exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le préfet a pu sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
11. Aux termes de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " et aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. En premier lieu, la décision en litige vise les articles cités au point 11 et énonce que M. B ne peut se prévaloir de circonstances humanitaires, ne justifie pas de sa date d'entrée en France et s'y maintient irrégulièrement, ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France autres que ceux qu'il déclare avoir, qu'il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement non exécutée et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Elle est, ainsi, suffisamment motivée en droit et en fait.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire et une décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire elles-mêmes illégales.
14. En dernier lieu, M. B est célibataire et sans enfant. Sa durée de présence en France n'est pas connue de manière précise et ses liens avec ce pays, notamment familiaux, ne sont pas justifiés. Il s'est, par ailleurs, déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et même si le préfet indique qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, la décision de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans n'apparaît pas entachée d'erreur d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 5 novembre 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
La magistrate désignée,
SIGNE
A. CLa greffière,
SIGNE
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026