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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304495

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304495

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " visiteur " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, dans le délai de huit jours, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

* En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'administration ne rapporte pas la preuve de l'existence ni de la régularité des avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* la décision portant fixation du pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, le préfet de Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 11 octobre 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 21 décembre 2023 fixant la clôture d'instruction au 22 janvier 2024 à 12h.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo (RDC), est entrée en France le 1er décembre 2016 à l'âge de 67 ans. S'étant maintenue sur le territoire français à l'expiration de la durée de validité de son visa de court séjour, elle a sollicité, le 14 février 2020, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé. Le 3 janvier 2023, la requérante a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, le dernier alinéa de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'autorisation provisoire de séjour qu'instaurent ces dispositions est délivré après avis d'un collège de médecins du service médical de l'OFII. Le préfet de la Seine-Maritime justifie avoir recueilli l'avis de ce collège médical, émis lors de sa séance du 21 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que cet avis n'aurait pas été recueilli manque en fait. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il appartient à l'administration de justifier de la régularité de cet avis, sans énoncer, même brièvement, un motif d'irrégularité, Mme B n'assortit pas cette branche du moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

3. Par l'avis du 21 juillet 2023 mentionné au point 2, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle devrait pouvoir y bénéficier d'un traitement approprié. Il ressort du rapport médical du 29 mars 2022 et du certificat médical du 9 novembre 2022, établis respectivement par un médecin généraliste et un médecin ophtalmologue, que Mme B souffre d'un diabète associé à un glaucome chronique, sans rétinopathie diabétique, qui nécessitent un suivi strict et régulier. Les ordonnances et rapports préconisent un suivi tous les trois mois par le médecin traitant et la requérante suit un traitement à base de Metformine pour le diabète. Si elle soutient qu'elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine, elle se borne à se prévaloir de la liste des médicaments essentiels en RDC, qui au demeurant comporte de la Metformine prescrite pour soigner le diabète. Il n'est pas établi que la spécialité commercialisée sous la marque Ganfort ne puisse être substituée par l'un des trois collyres Timolol, Latanoprost ou Pilocarpine contenant des prostaglandines et des bêtabloquants ayant la propriété de diminuer la tension intraoculaire chez les patients atteints, comme la requérante, de glaucome. Ainsi les pièces produites n'apportent- pas d'éléments suffisants de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII puis par le préfet sur l'existence d'un traitement approprié et sa disponibilité effective dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme B, veuve depuis novembre 2015, est entrée en France en décembre 2016. Il n'est pas contesté que quatre enfants, dont un est français et trois titulaires de cartes de résident, et que quinze petits-enfants, dont deux sont français, demeurent en France et qu'un autre enfant vit en Belgique. Si Mme B justifie, à travers cette descendance, de nombreuses attaches familiales en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu au Congo durant soixante-sept ans, pour partie éloignée de ses enfants, tous majeurs, qu'elle a rejoints récemment à la date de la décision attaquée et qui peuvent quant à eux lui rendre visite. Elle ne démontre pas non plus être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu pendant un an après le décès de son époux et où elle a raisonnablement conservé des relations sociales durables. Enfin, aucun obstacle à un retour régulier de l'intéressée en France, sous le régime d'ascendant à charge d'un Français notamment, ne ressort des pièces du dossier. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, cette décision ne méconnaît ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait, au vu des éléments d'analyse qui précédent, commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "visiteur" d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. () " Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. "

6. Il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour mention " visiteur " au motif qu'elle ne pouvait pas justifier d'un visa de long séjour, condition exigée par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que l'intéressée ne remplit pas cette première condition. Si Mme B soutient par ailleurs qu'elle justifie de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins, elle ne justifie pas, notamment, être en possession d'une assurance maladie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Si la requérante soutient encore que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation alors même que les critères de délivrance d'un titre " visiteur " ne seraient pas remplis, il résulte du point 4 que l'autorité administrative, qui ne s'est pas crue dans l'obligation de refuser ce bénéfice, pouvait refuser de procéder à une régularisation sans entacher ce rejet d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une erreur de droit.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'acte attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour le prononcer. Cette décision, par suite, est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 4.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

10. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne la nationalité congolaise de Mme B et indique qu'elle n'établit pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision distincte n'avait pas à faire état de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, au demeurant évoquée dans les autres motifs de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En second lieu, la décision fixant le pays de destination repose sur une obligation de quitter le territoire français qui n'est pas entachée d'illégalité, ainsi qu'il résulte des points 7 à 9.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2304495

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