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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2304744

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2304744

vendredi 1 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2304744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantKOUM DISSAKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Koum Dissake, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ".

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est fondée sur des faits matériellement inexacts concernant la situation du secteur d'activité dans lequel il exerce, l'ancienneté de son activité professionnelle et ses qualifications ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Koum Dissake, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 27 novembre 1986, déclare être entré, le 5 novembre 2016, sur le territoire français. Le 17 janvier 2017, l'intéressé a déposé une demande d'asile, rejetée par une décision du 31 août 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 19 décembre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 7 décembre 2018, M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 21 novembre 2019, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande et a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1905298 du 29 septembre 2020, le tribunal administratif de Melun a rejeté le recours de M. A contre cet arrêté. Le 18 février 2021, ce dernier a de nouveau sollicité un titre de séjour sur le même fondement. Par un arrêté du 30 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de six mois. Par un jugement n° 2103620 du 20 janvier 2022, confirmé par une ordonnance n° 22DA00387 de la présidente de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de M. A contre cet arrêté. Le 17 juillet 2023, ce dernier a sollicité un titre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Il résulte de ces dispositions que sur leur fondement peuvent être délivrés deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a conclu le 8 juin 2022 un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet en tant que chef cuisinier avec la société Sushi Yaki Taki, qui a formé une demande d'autorisation de travail à son profit le 12 juillet 2023. L'intéressé justifie d'une activité professionnelle de manière stable dans le secteur de la restauration depuis plus de six ans à temps complet, pour laquelle il dispose d'une grande expérience reconnue par son employeur et bénéficie du soutien de ce dernier en vue d'une démarche de régularisation. En refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", au motif qu'il ne démontre pas avoir les compétences, ni les diplômes lui permettant d'occuper son emploi, et que son employeur ne justifie pas avoir recherché du personnel, le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur manifeste dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, de même que, par voie de conséquence, de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conséquences de l'annulation :

5. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation des arrêtés attaqués implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée à M. A. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de leur délivrer un tel titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Cette annulation implique également l'abrogation de la décision du 9 novembre 2023, non contestée, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. A et lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 16 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Armand, premier conseiller,

M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Cotraud

La présidente,

Signé

C. Van MuylderLe greffier,

Signé

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. Mialon

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