jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2305085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | CASTOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, Mme D G B, représentée par Me Castor, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
o L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
- méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
o La décision fixant le pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, et un mémoire en production de pièces enregistrés le 11 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme C a, au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024, présenté son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D G B, ressortissante congolaise née le 5 décembre 1983, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 25 décembre 2022. Le 4 janvier 2023, elle a sollicité le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 avril 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 2 octobre 2023. Par arrêté du 28 novembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en vertu des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B le 29 décembre 2023 étant toujours pendante, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 76-2023-009 de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, Mme E A, cheffe du bureau du droit d'asile, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, pour les actes relevant des attributions du bureau, les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre les intéressés lorsque ceux-ci ont déjà eu la possibilité de présenter leur point de vue de manière utile et effective. En l'espèce, la requérante a pu faire valoir ses observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile, préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué. Elle ne précise pas les éléments qu'elle n'aurait pas été en mesure de faire valoir, et qui auraient été susceptibles d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui ont conduit à son adoption. Si la requérante fait valoir que l'arrêté se borne à mentionner des éléments relatifs à sa situation personnelle à la date du dépôt de sa demande d'asile, soit le 4 janvier 2023, elle n'établit ni n'allègue avoir adressé au préfet des éléments ou pièces dont il n'aurait pas été tenu compte, ou en avoir été empêchée. Il en résulte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la situation de la requérante n'aurait pas fait l'objet d'un examen suffisant. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit dès lors être également écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
7. La requérante soutient que son état de santé fait obstacle à l'adoption d'une mesure d'éloignement et à ce qu'elle voyage sans risque. Si elle produit des pièces médicales, datant de juillet 2023, aux termes desquelles elle souffre d'un diabète, a priori de type 2, et préconisant la réalisation d'une IRM rénale en raison de la présence d'une lésion sur son rein gauche, ces pièces ne précisent ni l'état de gravité de son état de santé, ni la circonstance qu'un défaut de prise en charge aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que la requérante ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ni qu'elle ne pourrait voyager sans risque. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En dernier lieu, la requérante soutient que la mesure d'éloignement en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il est toutefois constant que la requérante résidait en France depuis une année lors de l'adoption de la décision attaquée. Elle n'établit ni n'allègue disposer en France d'attaches familiales et n'établit pas en être dépourvue dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Si elle produit une attestation aux termes de laquelle elle est membre de l'association LGBTI de Rouen, elle ne produit aucune autre pièce de nature à établir qu'elle serait insérée socialement ou professionnellement en France. Il résulte enfin de ce qui a été dit précédemment que la circonstance qu'un suivi médical serait en cours ne suffit pas à caractériser la violation susmentionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Il en est de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté pour les motifs énoncés au point 3.
10. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui ont conduit à son adoption. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.
11. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En dernier lieu, si la requérante soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, la seule production d'un certificat médico-légal établi le 25 juillet 2023 aux termes duquel l'examen réalisé n'est pas incompatible avec les déclarations de la requérante ne suffit pas à l'établir, alors surtout que sa demande d'asile a été récemment rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles formulées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à Me Anna-Laurine Castor et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La magistrate désignée,
C. C
Le greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026