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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400447

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400447

mercredi 6 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400447
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantLEROY Magali

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2024, M. B A, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de supprimer le signalement dont il a fait l'objet au fichier informatique dénommé " système d'information Schengen " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de d'une somme de 960 euros, au profit de son avocate, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, à son propre profit, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 30 mars 2023 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Invité à présenter ses observations sur la requête de M. A, le préfet de la Seine-Maritime n'a produit aucun mémoire en défense ni aucune pièce.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 6 février 2024.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 29 février 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations de Me Leroy, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 3 octobre 2003, déclare être entré en France en février 2019. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance à compter du 12 mars 2019, jusqu'à sa majorité. Le 25 mars 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours de l'intéressé contre cet arrêté a été rejeté par le jugement du tribunal n° 2302792 du 11 janvier 2024 et l'appel formé contre ce jugement était pendant à la date de la décision attaquée dans la présente instance. Par l'arrêté attaqué du 19 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a fait interdiction à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté du 19 janvier 2023 :

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article L. 612-7, qui constitue le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que les considérations de faits propres à la situation M. A. S'il ne vise pas les dispositions de l'article L. 612-10, s'agissant de la détermination de la durée de cette interdiction, ces dispositions ne constituent en tout état de cause pas, en tant que telles, le fondement de cette décision. Par ailleurs, s'il ne mentionne pas expressément la durée de séjour de l'intéressé, il ressort de l'arrêté litigieux que l'autorité préfectorale a tenu compte, outre l'existence d'une mesure d'éloignement non exécutée, de cette durée de séjour et de la nature et de l'intensité des liens de l'intéressé avec la France, y compris par référence au refus de séjour et à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dont il ne conteste pas avoir été destinataire. Dans ces conditions, le requérant était mis à même, par l'autorité préfectorale, de comprendre les motifs fondant la décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an et de les contester utilement. Enfin, tant la circonstance que l'autorité préfectorale s'est méprise sur la situation des parents de M. A au Mali, dont il établit qu'ils sont décédés en 2005 et 2010 que, plus généralement, celles selon lesquelles les éléments matériels retenus par le préfet seraient inexacts et celui-ci aurait commis une erreur dans l'appréciation de sa situation, sont en tout état de cause sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de cette décision et relèvent de la contestation de sa légalité interne. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime, à qui il n'appartenait pas de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, a procédé à un examen particulier de cette situation, y compris professionnelle, sans qu'ait d'incidence à cet égard l'erreur commise par le préfet en affirmant que ses parents, décédés en 2005 et 2010, résideraient au Mali. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

6. Il est constant que M. A s'est maintenu sur le territoire au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire imparti par l'autorité préfectorale pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 30 mars 2023, si bien que cette autorité était fondée à lui interdire le retour sur le territoire, sauf à ce que des circonstances humanitaires justifient qu'une telle mesure ne soit pas édictée. Le requérant se prévaut de la durée de près de cinq ans de son séjour en France à la date de la décision attaquée, de la circonstance qu'il y est entré mineur et y a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, qu'il y a poursuivi une formation qualifiante pour l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnel " couvreur " et conclu un contrat d'apprentissage, de septembre 2020 à août 2023, puis un contrat à durée indéterminée à compter d'octobre 2023, de son insertion dans la société française et de l'absence d'attaches au Mali. D'une part, ces éléments ne sont pas de nature à révéler des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, à supposer même que puisse être tenu pour établi l'âge dont se prévaut le requérant, dont l'autorité préfectorale ne conteste plus la réalité au terme de l'arrêté attaqué, alors même qu'il fondait le refus de séjour qui lui était opposé en mars 2023, il demeure sans attaches familiales en France où, s'il y a noué des relations dans le cadre de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, il a essentiellement poursuivi une scolarité secondaire et une formation qualifiante, au terme de laquelle il n'a d'ailleurs pas obtenu de diplôme et où il a conclu un contrat de travail qui demeurait très récent à la date de la décision litigieuse. S'il justifie du décès de ses parents au Mali, il ne conteste pas y disposer à tout le moins d'un oncle, qui a sollicité pour son compte la délivrance de documents d'états-civils en 2020. Dans ces conditions, en ayant interdit à M. A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté à son droit a respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

7. En dernier lieu, si M. A excipe de l'illégalité de la décision 30 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français, il se borne en réalité à subordonner ce moyen à l'éventuelle annulation de cette décision par la Cour administrative d'appel de Douai, devant laquelle est pendant l'appel formé contre le jugement du tribunal n° 2302792 du 11 janvier 2024. Dès lors, en ne faisant état d'aucun argument relatif, plus particulièrement, à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français du 30 mars 2023, M. A n'assortit pas ce moyen tiré de l'exception d'illégalité des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 mars 2024.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière,

F.HAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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