mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 février 2024 à 17h32, M. D B, retenu au centre de rétention administrative de Oissel, demande au tribunal :
1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Manche a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle a été signée par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;
- cette décision a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision défavorable et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été signée par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi,
- elle a été signée par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont elles-mêmes entachées les décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus d'octroi de délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 5 mars 2024 à 13h45, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Gravelotte, avocate désignée d'office pour M. B, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête et ajoute que :
o s'agissant de la recevabilité de la requête, M. B n'a pas pu bénéficier de l'assistance d'un avocat ; qu'à son arrivée au centre de rétention de Oissel, l'association n'était plus en mesure de former pour lui un recours ;
o s'agissant de la légalité de la mesure d'éloignement, que M. B est père de deux jeunes filles de nationalité française avec lesquelles il entretient des liens effectifs ;
- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue arabe ; il indique souhaiter rester en France et maintenir des liens avec ses filles.
Le préfet de la Manche n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. D B, ressortissant de la république tunisienne né en 1990, entré irrégulièrement en France en 2011 selon ses déclarations, a sollicité le 6 mai 2023 un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 26 février 2024, le préfet de la Manche, département où il réside, a rejeté cette demande, assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B, qui a été placé en rétention dans le local dédié à Cherbourg-en-Cotentin puis transféré au centre de rétention de Oissel, demande à titre principal au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour :
2. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 3, R. 776-1 et R. 776-17 du code de justice administrative et L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il n'appartient pas au magistrat désigné saisi selon la procédure prévue à l'article R. 776-14 du code de justice administrative de statuer sur la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger.
3. Dès lors, il convient de réserver l'examen par une formation collégiale du tribunal administratif de Caen, seul compétente, des conclusions et moyens de la requête n° 2400809 dirigés contre la décision, contenue dans l'arrêté du 26 février 2024, par laquelle le préfet de la Manche a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, et de renvoyer ces conclusions à ce tribunal, ainsi que la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Manche en ce qu'elle concerne cette décision.
Sur les autres conclusions :
En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :
4. Aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ". L'arrêté attaqué a été signé par la secrétaire générale de la préfecture qui bénéficiait, par arrêté du 1er septembre 2023, publié le 4 septembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Manche, à l'effet de signer notamment " tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles et documents relevant des attributions de l'État dans le département ", à l'exception de mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la charte précise que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".
6. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
7. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu exposer les motifs de sa demande et sa situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de sa demande de titre de séjour et, ayant déposé une demande tendant à régulariser sa situation, il devait s'attendre à faire l'objet d'un refus assorti d'une mesure d'éloignement. En outre, M. B a fait l'objet d'une mesure de garde à vue au cours de laquelle il a été auditionné par un fonctionnaire de police sur son parcours migratoire, sa situation administrative, personnelle et familiale et spécifiquement invité à présenter des observations sur le prononcé éventuel d'une mesure d'éloignement, observations qu'il a d'ailleurs formulées. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée en méconnaissance du respect des droits de la défense.
9. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.
10. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions précitées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte.
11. En troisième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
12. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. A l'appui de ces moyens, M. B se prévaut de la paternité de deux jeunes filles de nationalité françaises nées le 27 mars 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est séparé de la mère de ses enfants et il produit un planning de quelques semaines ne prévoyant qu'une visite médiatisée d'une heure par semaine, dans le cadre d'une mesure éducative ordonnée par le juge, sans établir d'ailleurs qu'il honore effectivement lesdits rendez-vous. Il ne justifie pas d'une quelconque participation à l'entretien et l'éducation de ses enfants hormis une demande de carte vitale et il a été placé en garde à vue pour avoir insulté, frappé et suivi son ancienne compagne, sous l'emprise de l'alcool, sans qu'il ne conteste les faits reprochés. Enfin, toute sa famille réside en Tunisie à l'exception d'un de ses frères qui résiderait au Royaume-Uni et il ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet des Alpes-Maritimes le 29 mars 2021 à laquelle il a cru ne pas devoir déférer.
14. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris ni que le préfet de la Manche n'aurait pas porté l'attention requise à l'intérêt supérieur de ses enfants.
15. En dernier lieu, si peut être regardé comme ayant soutenu lors de l'audience publique que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, outre ce qui a été exposé précédemment, il ne justifie d'aucune insertion, n'exerce aucune activité professionnelle ni ne suit de formation qualifiante. Par suite, en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser une telle atteinte, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporterait sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; elle est, par suite, suffisamment motivée.
17. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas établie, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
18. En troisième lieu, le premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que par dérogation, " l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ", risque qui en application de l'article L. 612-3 dudit code, " peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
19. Outre la violence alléguée et non contestée des faits pour lesquels M. B a été placé en garde à vue, et qui justifient l'existence d'une menace pour l'ordre public, le requérant a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et il est dépourvu de domicile fixe. Compte-tenu de la multiplicité des circonstances énoncées par les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile correspondant à la situation du requérant, le préfet de la Manche n'a pas fait une inexacte application desdites dispositions en refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.
20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison des conséquences qu'elle comporterait sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
21. En premier lieu, en indiquant que M. B avait indiqué n'avoir aucune crainte en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Manche a suffisamment motivé sa décision.
22. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné, ne peut qu'être écartée.
23. En dernier lieu, les atteintes dont se plaint M. B à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants ne résultent pas de la décision fixant le pays de renvoi mais de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite. Par suite, outre ce qui a été exposé au point 13 du présent jugement, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français sans délai ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant à l'encontre de M. B interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans ne peut qu'être écartée.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
26. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. A cet égard, l'autorité administrative doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.
27. La décision qui rappelle que M. B est défavorablement connu pour des faits précédents et a à nouveau été interpellé le 25 février 2024 pour des faits de violences aggravées sur concubin a suffisamment exposé les motifs pour lesquels elle estime que la présence du requérant constitue une menace pour l'ordre public. En outre, chacun des trois autres critères est explicitement étudié par l'autorité administrative qui a, dès lors, suffisamment motivé sa décision.
28. En troisième lieu, aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ressortirait des pièces du dossier n'était de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. S'agissant de la durée de celle-ci, compte-tenu de l'ensemble des éléments tels qu'ils ont été rappelés ci-dessus, de la durée de présence non établie de M. B, de l'absence de liens personnels et familiaux, de ce qu'il a cru ne pas devoir se conformer à une précédente obligation de quitter le territoire français et de la menace à l'ordre public que représente son comportement, en fixant à deux années la durée de son interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Manche n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.
29. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions subséquentes doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête dirigées contre la décision, contenue dans l'arrêté du 26 février 2024, par laquelle le préfet de la Manche a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B sont transmises au tribunal administratif de Caen.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la présidente du tribunal administratif de Caen, à M. D B et au préfet de la Manche.
Prononcé en audience publique le 5 mars 2024.
Le magistrat désigné,
R. Mulot
La greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400809
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026